ROYA CITOYENNE – Résistances en Roya

solidarité, renforcement du réseau social, réflexion sur des projets de société respectueux de l'humain et de la nature…

Posts de Cédric sur Facebook 21/1/2017 « Lettre au Procureur » et al.

Lettre de la mère de Cédric

Monsieur le Procureur, je vous fais une lettre……

Je suis la mère de celui contre lequel vous vous acharnez . Ma grand -mère paternelle a elle aussi , en 1918 passé la frontière d’Italie à pied, par les montagnes elle a perdu le bébé qu’elle portait au cours de ce périple, (peut être a t’elle croisé à ce moment là les grands mères de messieurs Ciotti et Estrosi,qui sait ?) elle s’est louée telle une bête de somme pour tirer les « charetons »je me souviens d’elle avec la lanière de cuir qui lui barrait le torse …Ma mère quant à elle était allemande, ma sœur est née dans les geôles de la gestapo, elles ont été toutes deux libérées par les Américains ; C’est ce sang là qui coule pour moitié dans les veines de mes deux fils que vous avez fait arrêté jeudi , l’autre moitié étant du pur sang de Bretagne…c’est têtu un Breton,et ça n’a pas peur des tempêtes .
S’ils ne sont pas Français « de souche »(c’est ce qui reste d’un arbre mort,non ?) ils ont des racines profondes et vivantes dans ce pays qui est le leur et qu’ils aiment .
Pour que vous compreniez …nous avons été « famille d’accueil pendant 25 ans .Cedric avait 5ans, Morgan 7, quand les premiers enfants sont arrivés .ils ont partagé leurs jouets, leur table, leur maison, leurs parents avec 15 enfants délaissés,de toutes origines,certains battus, violés …..
Alors quand Cedric vous dit que ces enfants qu’il voit sur nos chemins et nos routes de la Roya ,ce sont ses frêres et ses sœurs, il ne vous ment pas . Et quand il interpelle si fort les services de l’ASE, c’est qu’il en connait les rouages .
Nous avons quatre enfants puisque ils ont accepté d’intégrer deux de ces enfants à leur famille, ce sont leur sœur et leur frère à présent et nous en sommes très fiers !
Voilà, monsieur le Procureur, et tous ceux qui le traite de passeur, de trafiquant d’êtres humains et de voleur, voilà à qui vous avez à faire.

Avec tout mon respect
Mama Herrou

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Monsieur le Procureur de la République,

je rappelle les faits :
Naser, Moussa et Ali 3 Mineurs Isolés Étrangers,
ont fait une requête de prise en charge éducative (ASE, Gérée par le conseil départemental) le 16/12/2016
Pendant ma garde a vue le 19/01/17, vous êtes venu les chercher avec 30 gardes mobiles armés, vous les avez reconduit à la frontière Italienne. Je ne devrais pas vous rappelez la loi mais me semble t il vous avez quelques difficultés à la faire respecter au profit de personnes de couleur.
L’article 20 de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant … bref un détail légal…
Ils sont remontés cette nuit le 20/01/17 par la voie ferrée d’Italie jusqu à mon domicile.
Bravo, Monsieur le Procureur de la république, super bilan!
Et ne vous posez pas la question, si je dois détourner vos barrages policiers afin de les sortir du département des Alpes Maritimes afin d ‘y trouver un espace de droit où les enfants puissent y accéder je le ferai.

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Monsieur le Procureur,

Vous avez fait pleurer ma mère, mon père
vous avez arrêté mon frère, une amie, 
Vous nous avez mis sous les verrous, traités comme des chiens, des malfrats.
Vous avez ordonné à une trentaine de gardes mobiles, armes aux poings, d’entrer sur mes terres, prendre ces trois enfants sans parents, qui attendent chez moi, depuis plus d’un mois d être pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance.
Ces enfants ont connus la guerre, la torture, l’esclavagisme
Ces enfants que je protège
Ces enfants qui m ont donné leurs confiances.
Vous avez au nom de votre France, violé les droits de l ‘enfants!
Ils attendaient sécurité de la part de notre pays!
Vous me savez sensible aux personnes que j aide, aux personnes que j’aime.
Vous savez que ma liberté ne s arrêtera pas aux barreaux de vos prisons et vous tapez là où ça fait mal !!! 
Sachez Monsieur le Procureur que je resterai fidèle à mes convictions, que ma France, que notre France, continuera à défendre les droits des hommes, des femmes, des enfants présents sur le sol français au nom de nos valeurs qui fondent la république française
Ne pensez pas que je suis seul, nous sommes des milliers des millions!
Chacun son métier, le mien c est agriculteur, le votre c est de faire respecter la loi. Loi qui protège et fait que le vivre ensemble soit la règle primordiale à notre démocratie 
Vive notre France
et …. celle que que tu représentes

Posts de Cédric sur Facebook 21/1/2017
LE RACISME EN FRANCE

« Il fatto quotidiano » 22/1/2017 « Migranti, il contadino francese che rischia il carcere per aiutarli »

http://www.ilfattoquotidiano.it/2017/01/22/migranti-il-contadino-francese-che-rischia-il-carcere-per-aiutarli-faccio-quello-che-dovrebbe-fare-uno-stato-umanitario/3313835/

 

Lien vers la vidéo : http://videofq.meride.tv/fq2/video/folder69/cedric_herrou_fq2.mp4

NPA : « Migranst-e-s : Roya sans frontières ! »

Classé dans : Citoyens solidaires,Mobilisation,Réfugiés - Migrants — 23 janvier, 2017 @ 12:58

https://npa2009.org/actualite/antiracisme/migrant-e-s-roya-sans-frontieres

Migrant-E-s : Roya sans frontières !

Jeudi 12 janvier 2017, mise à jour Jeudi 12 janvier 2017, 20:28

NPA :
Crédit Photo:
Cédric Herrou, la résistance et la solidarité ordinaires. DR

C’est pourtant une région plutôt gangrenée par le Front national où domine la droite la plus réactionnaire. Mais c’est dans cette région que les lecteurs et lectrices d’un quotidien local, Nice-Matin, ont décidé de désigner Cédric Herrou, inculpé pour son aide aux migrantEs, comme personnalité de l’année. La Roya nous montre que tout est encore possible.

Il ne s’agit pas tant de ce qui est le plus médiatisé, les cas de ces « justes » qui passent en procès pour « délit de solidarité », Cédric Herrou ou Pierre-Alain Mannoni. Ceux-là sont la pointe immergée d’un iceberg : la coopération de dizaines voire de centaines d’habitantEs de la vallée de la Roya, dans les Alpes-Maritimes, le long de la frontière franco-italienne, pour aider au passage et organiser l’accueil de migrantEs pourchassés par la police des frontières et la gendarmerie. C’est cette solidarité déterminée qui a gagné l’audience de plusieurs milliers d’habitantEs de la région.

C’est d’abord de manière « naturelle » et discrète que la solidarité s’est mise en place. Cédric Herrou n’a lui-même rejoint l’association « Roya citoyenne » qu’après avoir été arrêté une première fois l’été dernier. Dans cette vallée et ses villages, les SMS tournent, des migrantEs sont répartis dans des habitations, le temps de se remettre d’aplomb, d’être soignés, d’obtenir des informations et des conseils. Des maraudes se tiennent et des repas sont distribués à Vintimille. Les passages sont organisés, pour franchir la frontière mais aussi pour sortir de la vallée pour « continuer le voyage » en évitant les barrages policiers et l’expulsion immédiate vers l’Italie.

Face aux réacs racistes de tout poil, la Roya réactive ainsi une vieille tradition pour cette terre de passage où l’établissement des frontières, depuis la seconde moitié du 19e siècle, n’a cessé de fabriquer des clandestins… et des réseaux et des passeurs. Migrations économiques en provenance de l’Italie, mais aussi politiques dans les années 1920-1930 avec les antifascistes et les juifs. Une tradition de résistance aussi pendant la Seconde Guerre mondiale. Une tradition de « frontière bafouée » du nom d’une étude historique de la région parue en 1999.

Faire tourner le vent dominant

La médiatisation actuelle, autour des procès qui ont eu lieu, est le résultat d’une stratégie pour assumer publiquement les actions de solidarité, aussi illégales soient-elles. Ainsi Cédric Herrou a été arrêté suite à l’occupation, en octobre, d’un local désaffecté de la SNCF pour héberger des migrantEs, action décidée collectivement pour attaquer la politique des autorités. Parce que, sinon, la solidarité est un trou sans fond qui risque d’épuiser les énergies.

Et la Roya ne pourra tenir seule. La chasse aux migrantEs et la répression envers les personnes solidaires continue. Le mercredi 4 janvier, alors que des centaines de manifestantEs sont venues soutenir Cédric Herrou au tribunal, le procureur a requis huit mois de prison avec sursis. Le vendredi, Pierre-Alain Mannoni a été relaxé. Mais dès le vendredi après-midi, 4 autres habitantEs ont été arrêtés pour transport de migrantEs. Relâchés après 24 heures de garde à vue, leur procès aura lieu en mai.

La lutte déterminée aux côtés des migrantEs peut gagner en audience. Voilà ce que montre la Roya. Quelles que soient leurs limites et leur démagogie, les récentes déclarations d’un Macron opposant la politique de Merkel à celle de la France (à laquelle il a contribué lorsqu’il était ministre) ou celles de Hamon défendant des visas humanitaires comme seule solution contre les morts en Méditerranée, et même le mensonge de Valls prétendant qu’il avait abrogé le « délit de solidarité », montrent au moins qu’il est possible de faire tourner le vent dominant. Raison de plus pour multiplier les Roya localement. Raison de plus pour faire monter la perspective du 19 mars, journée de mobilisation européenne contre le racisme, la politique des frontières et les violences policières.

Denis Godard

Blog Mediapart : communiqué de David Nakache : « Roya : l’Etat pousse-t-il les citoyens à la faute ? »

Classé dans : Citoyens solidaires,Medias : Articles presse Radios — 23 janvier, 2017 @ 12:56

https://blogs.mediapart.fr/david-nakache/blog/210117/roya-letat-pousse-t-il-les-citoyens-solidaires-la-faute

Roya: l’Etat pousse-t-il les citoyens solidaires à la faute?

Les nouvelles arrestations musclées, perquisitions et gardes à vue prolongées dans la Roya témoignent de la volonté des pouvoirs publics de pousser à bout les désobéisseurs azuréens. Que cherche-t-on par ce harcèlement judiciaire et policier ? A engendrer violence et conflit ouvert pour décrédibiliser toute action de solidarité ? La mort de Rémi Fraisse n’a-t-elle donc servie de leçon à personne ?

Les nouvelles arrestations musclées, perquisitions et gardes à vue prolongées de citoyens solidaires de la Roya, dont Cédric Herrou, les 19 et 20 janvier 2017, témoignent de la volonté manifeste des pouvoirs publics de pousser à bout les désobéisseurs azuréens.

Déjà, alors que Pierre Alain Mannoni avait été relaxé, l’appel du Parquet marquait un choix délibéré et constant du gouvernement de rétablir le délit de solidarité, en dépit des promesses de campagnes et de la loi du 31 décembre 2012.

Si l’on regarde le fil des événements passés, nous sommes saisis par une posture littéralement « irresponsables » des pouvoirs publics :

- C’est le Procureur qui a fait le choix délibéré de poursuivre Pierre Alain Mannoni, ingénieur et enseignant à l’université de Nice, puis de faire appel de sa relaxe par le Tribunal de Nice.

- C’est le Préfet des Alpes-Maritimes qui a « signalé » Cédric Herrou, agriculteur, au Procureur qui a, à son tour, choisi de le poursuivre (délibéré le 10 février).

- C’est sous l’égide de ce même Procureur que l’évacuation médiatisée des locaux de la SNCF occupés pour y héberger des réfugiés, a donné lieu, en octobre 2016, à un déploiement de forces de l’ordre à l’évidence surdimensionné. 

- C’est ce même Préfet, représentant de l’Etat, qui s’en est pris de façon violente et totalement disproportionnée à Yvan Gastaut, historien, pour une tribune parue dans Nice Matin (lire ma réponse ici).

- C’est le Président du Conseil Départemental des Alpes-Maritimes, mis en cause par de nombreux observateurs pour la non prise en charge des mineurs isolés (lire ici), qui s’est lui aussi fendu d’une diatribe hystérique, cette fois directement contre la presse locale, Nice Matin encore, pour l’élection par les lecteurs du journal de Cédric Herrou comme citoyen de l’année (lire ma réponse ici)

- C’est cette même volonté politique, aveugle et intransigeante qui fait que Claire Marsol, 72 ans, maître de conférence à la retraite a été condamnée à 1500 € d’amande en décembre 2015 (lire ma réaction ici), peine confirmée en appel le 2 décembre 2016 ; que Magali M., fonctionnaire, sera sur le banc des accusés le 3 mars prochain ; que Francesca Peirotti, interprète, sera jugée le 4 avril ; que Ben, photographe, sera jugé le 8 avril ; qu’Eric, photographe de presse et Marie Rose, travailleuse social, seront jugés le 24 avril ; que Françoise Gogois, René Dahon, Gibi et Dan seront eux jugés le 16 mai…

Que cherchent les pouvoirs publics au juste par ces procès successifs ? A décourager toute tentative future de solidarité vis à vis des réfugiés qui fuient dictatures, bombardements et conflits armés ? 

Que cherche le gouvernement à travers les agissements du Préfet et du Procureur ? A pousser à bout les citoyens solidaires de la Roya, par un harcèlement judiciaire et policier constants, et qu’ils en viennent à des réactions violentes ? Le gouvernement espère-il que l’action de solidarité des habitants de la Roya dégénère en conflit ouvert pour crédibiliser leur action ? 

La mort de Rémi Fraisse n’a-t-elle pas servie de leçons au gouvernement ? Combien de Rémi Fraisse encore ? Ceux qui nous gouvernent n’ont-ils finalement ni discernement ni conscience ?

Si des citoyens solidaires en sont venus à désobéir c’est avant tout parce que l’Etat et de Conseil Départemental des Alpes-Maritimes n’assumaient pas leurs obligations légales et restaient léthargiques face à l’urgence de la crise humanitaire à laquelle nous sommes confrontés avec l’arrivée de réfugiés.

Partout des citoyens se lèvent. Des faucheurs d’OGM aux faucheurs de chaises, des enseignants désobeisseurs aux participants à Nuit Debout et aux zadistes, jusqu’aux citoyens solidaires de la Vallée de la Roya. Partout des citoyens rappellent les idéaux démocratiques, font vivre le cœur de la République et défendent les libertés fondamentales envers et contre l’Etat, les élus sensés les représenter, les administrations aveugles s’inventant et imposant leurs propres règles. 

Ces citoyennes et ces citoyens, envers et contre les pouvoirs publics, sont parfois les derniers défenseurs de la démocratie et de la solidarité.

Rappelons donc Élus locaux, Préfet, Procureur, gouvernement et Président de la République au sens des responsabilités. Ne poussez pas les citoyens à l’impasse en laissant pourrir une situation intenable où ils sont seuls et démunis face à une misère et une détresse que vous refusez de prendre en charge et pour lesquelles vous leur interdisez d’intervenir. 

Ce n’est pas en criminalisant la solidarité que vous réglerez le problème : de l’écoute, du dialogue, des solutions constructives et équilibrées et un véritable volontarisme politique pour que la France soit à la hauteur de la France, pays des droits de l’Homme et du citoyen, voilà ce dont nous avons besoin.

Pour suivre l’actualité et soutenir les citoyens solidaires du 06 : https://citoyenssolidaires06.com/

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« La Marseillaise » 14-15/1/2017 Entretien avec Valentin Porte : Urgent de mettre en place une politique d’accueil efficace

Article à télécharger au format pdf : fichier pdf LaMarseillaise_14_01_p11

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Médias : Cédric Herrou, garde à vue et libération – « Libération » 20/1/2017, France 3, et al.

http://www.liberation.fr/france/2017/01/20/perquisition-musclee-chez-cedric-herrou-l-homme-qui-aide-les-migrants_1542821

http://www.liberation.fr/france/2017/01/20/la-roya-perquisition-chez-cedric-herrou_1543039

Par Adèle Sifaut — 20 janvier 2017 à 11:13
L’intervention musclée des gendarmes au domicile de Cédric Herrou, le 19 janvier. Laurent Carre

Une vingtaine de gendarmes, armés, casqués, se sont rendus dans la ferme de cet agriculteur de la vallée de la Roya, qui apporte son aide aux migrants qui franchissent la frontière franco-italienne.

  •  Perquisition musclée chez Cédric Herrou, l’homme qui aide les migrants

Chez Cédric Herrou, on commence à avoir l’habitude des perquisitions. Alors, quand ce militant qui aide les migrants à entrer, circuler et séjourner en France est interpellé pour la troisième fois mercredi soir, ses proches attendent patiemment les gendarmes dans sa maison. Jeudi, c’est depuis le jardin, autour d’un plat de pâtes et d’œufs durs, qu’ils ont vu déferler une vingtaine d’agents casqués, armés et les nerfs à vif. Des gendarmes venus perquisitionner l’habitation, le terrain et les véhicules de la figure emblématique de l’aide aux migrants de la vallée de la Roya, à une cinquantaine de kilomètres de Nice.

A 16h30 dans cette maison de Breil (Alpes-Maritimes), Marie s’est isolée avec Nasser derrière un rideau. Cette infirmière de Médecins du Monde soigne une plaie à la malléole et s’occupe du mal de gorge de ce jeune Soudanais. Dehors, Morgan (le frère de Cédric) Lucile et Émile (deux militants) et deux mineurs étrangers patientent. Ils débarrassent la table.

A lire aussi Migrants : la vallée qui fait de la désobéissanceAide aux migrants : le procès d’un geste d’humanité

Dans le même temps en contrebas, deux fourgons et cinq voitures des forces de l’ordre se garent au pied de la propriété. Venus pour une perquisition, les gendarmes grimpent en colonne et en petite foulées sur le terrain de Cédric Herrou. Quinze d’entre eux sont casqués, visières baissées, gilets pare-balles et armes à portée de main. En quelques minutes, ils écartent le photographe de Libération à l’aide d’une clef de bras (puis le mettront à terre un quart d’heure plus tard) et passent entre le tracteur, les poules et les ruches. Ils se déploient rapidement sous les oliviers avant d’encercler la maison. «Tout à coup, plusieurs hommes sont entrés et se sont mis à hurler tellement fort que je ne comprenais pas ce qu’ils disaient», raconte l’infirmière. Elle tire le rideau. «Je me suis retrouvée en face de quatre gendarmes, je n’ai vu que l’arme qu’ils pointaient. Autant de monde dans une si petite pièce, c’était proche de l’absurde.» La bénévole de Médecins du monde tente de rassurer Nasser, le jeune Soudanais s’étant mis à pleurer. «Ce qui m’a le plus traumatisée, c’est le sentiment éprouvé par ces enfants. Il y a là une maltraitance morale qui dépasse les limites. On était tous saisis, choqués et sans parole.»

Morgan et Lucile sont menottés. Émile reste à l’extérieur. A la demande des gendarmes, il s’occupe du chien noir de Cédric Herrou. «C’était complètement démesuré. Ils ont déboulé en gueulant et en nous tutoyant, raconte-t-il. J’ai rarement été témoin d’une telle violence. Elle n’était pas réellement physique mais elle était palpable dans l’atmosphère, dans le climat ambiant.» En moins de trente minutes, les gendarmes font le tour de la propriété. Lucile, Morgan et les trois mineurs embarquent dans les voitures des gendarmes. «Ces deux proches de Cédric Herrou ont été placées en garde à vue», confirme le procureur de la République de Nice. Quant aux moyens déployés : «C’est une affaire humainement hors-norme», répond-il.

La garde à vue de Cédric Herrou est prolongée de 24 heures. Non présent lors de la perquisition du domicile, son conseil Me Zia Oloumi juge ces mesures «disproportionnées» : «On a quasiment affaire à une brigade antiterroriste», dit-il. Cédric Herrou a été interpellé pour des faits qualifiés d’aide à l’entrée et au séjour.

Adèle Sifaut

http://www.liberation.fr/france/2017/01/21/la-roya-un-photographe-de-libe-malmene_1543020

RETOUR SUR

La Roya : un photographe de «Libé» malmené

Par LIBERATION — 21 janvier 2017 à 10:37
L’intervention musclée des gendarmes au domicile de Cédric Herrou, le 19 janvier. Photo Laurent Carré

Lors d’une perquisition chez Cédric Herrou, un photographe travaillant pour «Libération» a été mis à terre par les gendarmes et empêché de faire son travail.

Médias : Cédric Herrou, garde à vue et libération -

  •  La Roya : un photographe de «Libé» malmené

Jeudi soir, alors qu’il était en reportage pour Libération dans la vallée de la Royachez Cédric Herrou, cet agriculteur récemment jugé pour avoir aidé des migrants à entrer en France, un photographe a été non seulement empêché de faire son travail, mais il a été par ailleurs malmené et même mis à terre par des gendarmes durant l’intervention, alors qu’il s’était clairement identifié auprès des forces de l’ordre. De telles pratiques sont inacceptables et la direction de Libération les condamne vivement. Nous avons demandé à Laurent Carré de nous livrer son témoignage sur ce qu’il s’est passé.

«Breil-sur-Roya, jeudi après-midi. Je profite du redoux au soleil sur une terrasse de la propriété de Cédric Herrou pour me faire détailler les circonstances de son interpellation la nuit précédente. Autour d’un plat de pâtes à la sauce tomate, Morgan, Lucille, Emile et Marie une infirmière venue apporter des soins à un jeune soudanais.

On plaisante sur les paroles de Cédric entendues quelques jours plus tôt, à l’occasion d’une réunion sur les suites à envisager pour faire face à tous ces jeunes candidats à une vie meilleure qui se trouvent hébergés chez des habitants de la vallée. «Bon, si ça continue, on va tous finir en prison. Il y a une audience de prévue en janvier, en février, en mars, en avril. Il n’y a rien en mai. Qui prend mai ?», avançait-il alors. Ce souvenir déclenche le rire général de la vingtaine de personnes présentes. Sauf Cédric lui-même qui est en garde à vue à ce moment-là.

A l’horizon, sur les reliefs nous faisant face, nous distinguons deux silhouettes marchant d’un pas lent. Je dis à Emile : «Tu vois ces gens, là-bas ?» «Des randonneurs», me répond-il. Des marcheurs un jeudi en fin d’après-midi… «Des randonneurs ou les RG ?», j’ose plaisanter. Emile avance : «Je m’attends à une arrivée des bleus d’un instant à l’autre.»

Je regarde mon portable. Un texto m’informe qu’un barrage de police est installé à l’ancienne douane. Je pars faire des images. En bas du sentier menant à la propriété, sept véhicules de gendarmerie, dont deux camionnettes, stoppent à cet instant. Quinze gendarmes se rassemblent au signal du chef de groupe. Ils sont casqués, avec visière, gilet tactique multipoches, tonfa, lacrymo et pince-monseigneur. Une dizaine d’autres gendarmes en uniforme et en civil se préparent également avec sacoche, mallette et dossier sous le bras.

La chef d’escadron de Sospel passe près de moi. Je tente d’engager la conversation au cas où un élément me manquerait. «C’est pas un peu disproportionné ?» Pas de réponse. Pour moi, plus haut, il n’y a qu’une infirmière, une jeune fille, deux gars en train de débarrasser la table et une poignée de (très) jeunes migrants. Pas d’ennemi public numéro 1, rien ne demandant un dispositif digne de la lutte contre le grand banditisme.

Les hommes se mettent en colonne en petite foulée. Deux gendarmes en civil équipés de brassards fluo s’adressent à moi : «Vous êtes obligé de prendre des photos ?» J’essaye une réponse générique : «Je fais mon travail Monsieur.» Nous poursuivons l’ascension vers le repaire des «malfaiteurs». Les hommes en noir se dispersent autour du poulailler, des ruches et des oliviers. Un chien aboie quand une voix venue de plus haut sonne la fin de ma progression : «Le journaliste, tu le fais redescendre !»

Ça doit être pour moi ça. Un gendarme vient à ma rencontre et me saisit le bras. J’essaye de faire des images, contestant tranquillement, quand un second m’attrape le bras gauche. Une subtile torsion arrière assez désagréable du bras plus tard, je me retrouve en bas sur ces sentiers escarpés.

Mes deux cerbères me relâchent près du bas de la piste : «Voilà vous restez là, vous n’allez pas plus haut.» Je lui fais observer que je me trouve sur une propriété privée et que j’y ai été invité. «Nous, c’est pareil, mais on s’invite», me répond-il. Je prends mon mal en patience attendant que la troupe redescende.

«La cheffe d’escadron arrive, elle va répondre à vos questions», fait-on savoir. Au travers des branches, je distingue Morgan précédé d’un gendarme en civil, puis Lucille suivie d’autres gendarmes.

Un gendarme me signifie vertement qu’il faut descendre maintenant. Je lui fais remarquer que j’attends sa patronne. Je fais des images des prévenus quand soudain j’entends : «Non, non, pas de photos», hurle le gendarme en civil. Je proteste et déclenche. Subitement le gendarme casqué me fiche au sol. Je déclenche de nouveau et un second casque entre dans mon champ de vision. Les bras associés saisissent ma main et mon boîtier. Ses doigts parcourent les touches de mon appareil photo.

Puis aussi soudainement que la tornade est arrivée sur moi, elle disparaît. Je me relève. Je rejoins les individus menottés sur la route nationale au trafic coupé pour l’occasion. Le gendarme en civil : «Je suis de Grenoble et on travaille souvent avec la presse et tout se passe bien», me dit-il, s’excusant à demi-mot pour l’attitude de ses collègues.

Les véhicules des deux prévenus sont perquisitionnés. «C’est perturbant que vous soyez là.» Je m’en excuse et lui assure que je ne cherche pas à interférer dans son travail. Au loin, je vois trois jeunes migrants, le visage grave, attendre qu’on leur ouvre la porte des véhicules les amenant vers un centre d’aide social à l’enfance. En remontant vers la maison, je croise l’infirmière les larmes aux yeux visiblement choquée. Elle me dit que les gendarmes sont entrés dans la maison en vociférant l’arme au poing.»

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http://france3-regions.francetvinfo.fr/cote-d-azur/alpes-maritimes/menton/aide-aux-migrants-perquisition-musclee-cedric-herrou-son-frere-autre-militante-arretes-1179013.html

http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/cedric-herrou-l-agriculteur-poursuivi-pour-aide-aux-migrants-sort-libre-de-sa-garde-a-vue_2028354.html

http://www.bfmtv.com/societe/ma-liberte-ne-s-arretera-pas-aux-barreaux-de-vos-prison-la-lettre-de-cedric-herrou-au-procureur-de-nice-1086810.html

http://www.marianne.net/cedric-herrou-agriculteur-qui-aide-les-migrants-je-resterai-fidele-mes-convictions-100249395.html

http://www.20minutes.fr/nice/2000207-20170122-aide-migrants-aucune-poursuite-retenue-contre-militant-cedric-herrou

 

MEDIAPART : « Aide aux migrants : Cédric Herrou à nouveau interpellé, des journalistes entravés »

https://www.mediapart.fr/journal/france/210117/aide-aux-migrants-cedric-herrou-nouveau-interpelle-des-journalistes-entraves

Aide aux migrants : Cédric Herrou à nouveau interpellé,

des journalistes entravés

21 janvier 2017 Par Louise Fessard

Dans la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes), les autorités accroissent la pression. Trois militants, dont l’agriculteur Cédric Herrou déjà poursuivi pour aide au séjour irrégulier, ont été placés en garde à vue, puis relâchés le 20 janvier. Une journaliste a également été placée en garde à vue, et un photographe mis à terre par des gendarmes, pour l’empêcher de documenter une perquisition chez l’agriculteur. 

ugé le 4 janvier 2016 pour aide à l’entrée, à la circulation et au séjour d’étrangers en situation irrégulière, l’agriculteur Cédric Herrou, 37 ans, avait revendiqué « une action politique ». Le procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre avait requis huit mois avec sursis contre cette figure emblématique du combat des habitants de la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes). Depuis le rétablissement des contrôles à la frontière franco-italienne en novembre 2016 à la suite des attentats de Paris, cette vallée est devenue un point de passage obligé pour les migrants souhaitant rejoindre la France. Toutes les nuits, de petits groupes partent de Vintimille par les voies de chemin de fer, les sentiers ou la départementale. La décision du tribunal sera connue le 10 février.  

En attendant, l’agriculteur de Breil-sur-Roya a été de nouveau interpellé le 19 janvier 2017 par des militaires d’une patrouille Sentinelle vers 1 heure du matin, sur un chemin près de Sospel. Placé en garde à vue dans les locaux de la brigade de recherche de la gendarmerie de Menton, Cédric Herrou a été libéré le 20 janvier au soir. Toutefois, a prévenu le procureur de Nice, l’enquête en flagrance « se poursuit malgré tout, notamment avec l’exploitation de la téléphonie ». Une enquête de ce type peut durer huit jours.

Message publié le 21 janvier par Cédric Herrou sur Facebook après sa sortie de garde à vue. Message publié le 21 janvier par Cédric Herrou sur Facebook après sa sortie de garde à vue.

Qu’est-il reproché à Cédric Herrou, qui en est à sa troisième interpellation ? Dans Nice Matin, le procureur de Nice a commenté en direct sa garde à vue : « Il était caché dans des buissons au moment de son interpellation. Il était en compagnie de plusieurs Érythréens en situation irrégulière. Il est en garde à vue pour, a minima, aide à la circulation d’étrangers en situation irrégulière. La compagnie de gendarmerie de Menton est chargée de l’enquête. L’audition de M. Herrou est en cours. » Dans Libération, le procureur précise : « Il tentait de faire passer, par des chemins détournés, le contrôle à trois personnes d’origine érythréenne. »

La version de Cédric Herrou, joint ce samedi, diffère sensiblement : « Mercredi soir, trois jeunes Érythréens et un Tchadien [tous quatre majeurs – ndlr] sont partis de chez moi vers 20 h 30, un peu avant le dernier train pour Nice. Ça m’a stressé de ne pas avoir de nouvelles. Avec Morgan [son frère ndlr] et Lucille [une bénévole – ndlr], nous avons essayé de longer les voies ferrées. Nous étions deux voitures et avons été contrôlés au point de passage autorisé à l’entrée de Sospel. Dans l’autre voiture, celle de mon frère, il y avait plusieurs sacs à dos. Un gendarme a dit à mon frère : “Profite de ta dernière bière.” Ce sont eux qui ont alerté les militaires sur les “agissements de la famille Herrou”. À Sospel, nous nous sommes arrêtés pour boire une bière. Hassan, le jeune Tchadien, a fini par rallumer son téléphone : “Je suis perdu, je suis sous un pont.” Nous avons compris, lors de la garde à vue, qu’ils avaient dû être bloqués par des travaux sur les voies. Je suis parti à pied sur la voie ferrée, je les ai trouvés et nous avons attendu près du cimetière de Sospel. Nous avons entendu du bruit, je me suis éloigné, j’ai vu les militaires interpeller les trois Érythréens puis ils m’ont chopé aussi. Ils nous auraient repérés avec des jumelles nocturnes. Je n’étais pas caché, je n’avais pas de voiture contrairement à ce que le procureur a affirmé. J’étais assis dans l’herbe et je regardais, car ça fait peur une dizaine de militaires qui courent avec leur arme. Hassan a été arrêté plus tard par la police aux frontières. »

Son avocat Zia Oloumi s’interroge sur les conditions de son interpellation par des militaires de la mission Sentinelle, ainsi que sur l’« intention véritable » de la perquisition de son domicile le 19 janvier. « Est-on dans du grand banditisme, de l’antiterrorisme ? Il y a une volonté d’impressionner avec un déploiement de force comme dans les cités. » Une trentaine de gendarmes « casqués, avec visière, gilet tactique multipoches, tonfa, lacrymo et pince-monseigneur », ont débarqué jeudi après-midi sur le terrain de l’agriculteur, selon le récit de Laurent Carré, photographe à Libération qui était présent. Laurent Carré a voulu photographier l’intervention et en a été physiquement empêché. D’abord par une clef de bras, puis par un plaquage au sol.

« “Le journaliste, tu le fais redescendre !” Ça doit être pour moi ça, relate-t-il dans Libération. Un gendarme vient à ma rencontre et me saisit le bras. J’essaye de faire des images, contestant tranquillement, quand un second m’attrape le bras gauche. Une subtile torsion arrière assez désagréable du bras plus tard, je me retrouve en bas sur ces sentiers escarpés. Mes deux cerbères me relâchent près du bas de la piste : “Voilà vous restez là, vous n’allez pas plus haut.” »

Entre-temps, les gendarmes interpellent Lucille, 25 ans, et Morgan, 31 ans, qui venaient de finir de déjeuner avec le photographe, ainsi que trois mineurs soudanais et tchadiens de 16 à 17 ans, Nasser, Moussa et Ali. Le photographe les voit redescendre. « Je fais des images des prévenus quand soudain j’entends : “Non, non, pas de photos”, hurle le gendarme en civil. Je proteste et déclenche. Subitement le gendarme casqué me fiche au sol. Je déclenche de nouveau et un second casque entre dans mon champ de vision. Les bras associés saisissent ma main et mon boîtier. Ses doigts parcourent les touches de mon appareil photo. »

Émile, un bénévole de 31 ans, était également présent : « Les gendarmes ont débarqué d’en haut et d’en bas en file indienne et cerné la maison en criant. Ils ont failli flinguer le chien. Ils ont ouvert les caravanes des trois mineurs en les braquant comme si c’était des terroristes. Ils sont rentrés, arme à feu à la main, dans la maison où une infirmière soignait un mineur. C’était complètement démesuré. Direct, ils ont tutoyé Lucille et Morgan. C’était très condescendant. »

Placée en garde à vue par la brigade de recherche de la gendarmerie de Menton comme le frère de Cédric Herrou, Lucille a exercé son droit au silence. « Les gendarmes m’ont arrêtée, car ils m’avaient vue dans la voiture avec Cédric mercredi soir, nous explique-t-elle. Ils trouvaient suspect que j’ai tant de sacs avec des vêtements dans le coffre et que Morgan ait beaucoup de sacs à dos. Ils m’ont demandé ce que je faisais à Sospel ce mercredi soir, de décrire ma journée, quel était mon parcours, pourquoi j’étais venue dans la vallée. »

« Un acharnement dangereux »

Quant aux trois mineurs non accompagnés, également interpellés par les gendarmes, ils étaient de retour chez Cédric Herrou ce samedi matin après avoir marché toute la nuit sur les voies ferrées venant d’Italie. L’agriculteur ne décolère pas. « Nous avions fait une requête de prise en charge éducative auprès du parquet de Nice et de l’aide sociale à l’enfance [ASE, gérée par le conseil départemental – ndlr] le 16 décembre 2016, dit Cédric Herrou. Et les gendarmes, au lieu de les prendre en charge, les ont renvoyés en Italie ! »

Selon la loi française, tout mineur non accompagné doit être pris en charge par la police et placé dans un foyer par l’aide sociale à l’enfance du département concerné. Mais la préfecture des Alpes-Maritimes prétexte du rétablissement des contrôles aux frontières pour leur refuser cette protection. L’argutie est la suivante : lorsque les mineurs sont contrôlés sur un des treize points de passage autorisés (PPA) des Alpes-Maritimes, comme la gare de Menton-Garavan ou celle de Sospel, ces étrangers sont considérés comme “non entrés” en France et donc “non admis”. Cédric Herrou estime qu’une quarantaine de mineurs étrangers non accompagnés sont actuellement bloqués dans la vallée, le parquet des mineurs de Nice et le département se renvoyant la balle.

Émile est lui aussi particulièrement choqué du traitement de ces adolescents ayant fui leur pays. « Nous nous attendions à une perquisition, comme à chaque fois que Cédric part en garde à vue. Nous leur avions dit : “Vous avez des droits, vous ne risquez rien, ne partez pas en courant.” Ces adolescents sont arrivés il y a deux mois épuisés, muets, ils commençaient à aller mieux, à rire, à se remettre à parler, et ils se font mettre en joue par des gendarmes surarmés qui les embarquent… C’est tout le travail de deux mois qui est mis en l’air ! »

Le 19 janvier, vers trois heures du matin, une journaliste du mensuel L’Âge de faire a également été interpellée un peu après Sospel alors qu’elle accompagnait sur la voie ferrée six adolescents érythréens pour un reportage. « Une quinzaine de militaires, de gendarmes et de policiers de la PAF embusqués dans chacune des voies nous sont tombés dessus un peu après un tunnel », décrit Lisa Giachino, jointe par téléphone. La journaliste a passé dix heures en garde à vue à la PAF de Menton, avant d’être libérée sans poursuite. « Elle n’était pas en possession d’une carte de presse, a justifié le procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre dans Libération. Elle a été placée en garde à vue pour faire la démonstration qu’elle réalisait bien un reportage, et non une aide aux migrants. »

Directrice de la publication du mensuel, Lisa Giachino ne dispose en effet pas de carte de presse, mais là n’est pas la question, d’autant que la carte de presse ne fait pas le journaliste. « À aucun moment les gendarmes et policiers ne me l’ont demandée, dit-elle. Et les policiers et gendarmes n’ont jamais mis en doute le fait que j’étais journaliste. » À sa libération pour « infraction incaractérisée », les policiers ont toutefois laissé planer la menace : « Attention, si on vous reprend avec des migrants, on peut rouvrir l’enquête et vous poursuivre. » « Je leur ai répondu que je faisais mon travail et que je reviendrais sans doute en reportage sur les migrants, relate Lisa Giachino. Ils m’ont dit que quand on fait un reportage en vallée de la Roya, il faut une autorisation en préfecture ! »

À la gare de Menton après sa sortie de garde à vue vers 13 heures, la journaliste a vu la police placer dans un train vers l’Italie les six adolescents érythréens, dont au moins quatre mineurs, interpellés en même temps qu’elle. « Ils avaient été enregistrés comme mineurs à la police aux frontières et certains avaient fait une demande de prise en charge par l’ASE, remarque Lisa Giachino. Nous avons été arrêtés sur le sol français, pas sur un PPA, donc ces mineurs auraient dû être pris en charge.»

Dans un communiqué, l’association Roya citoyenne a dénoncé un « acharnement dangereux » du préfet des Alpes-Maritimes. C’est l’impression que donnent les autorités départementales, dont l’action répressive n’est pas forcément suivie par les juges du siège. Le tribunal correctionnel de Nice a ainsi relaxé, le 6 janvier 2017, un enseignant-chercheur qui avait convoyé des Érythréennes. Le procureur de la République de Nice a fait appel. Le même jour, quatre militants étaient interpellés et placés en garde à vue près de Sospel, accusés d’avoir aidé des migrants à contourner un contrôle de police. Poursuivis pour aide au séjour et à la circulation d’étrangers, ils sont convoqués le 16 mai 2017 devant le tribunal correctionnel de Nice.

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« Exode ou Migration ? » / Médecins du Monde, sur le blog de MEDIAPART

https://blogs.mediapart.fr/medecins-du-monde/blog/200117/exode-ou-migration

Exode ou migration?

En 2016, la chancelière Merkel prend le risque d’accueillir des migrants et des réfugiés avec l’appui du patronat. Pour une Allemagne dynamique, elle a besoin de main d’œuvre plus ou moins qualifiée. Puis est venu un vote anti-solidaire. Devant ce constat allemand, en France, nos femmes et hommes politiques se taisent ou jouent la surenchère de la peur. Encore et encore. Par Thierry Brigaud, ancien Président de Médecins du Monde et Françoise Sivignon, Présidente de Médecins du Monde.

Migration j’écris ton tom

Sur les pages de nos médias : désespoir.

Sur les murs du Ministère de l’intérieur : appel d’air et âge osseux.

 Dans les mots de nos politiques : utiliser la peur pour gagner des voix

En Méditerranée : construis-moi un cimentière.

Dans les mots des associations solidaires : défaites, victimes.

En 2016, la chancelière Merkel prend le risque d’accueillir des migrants et des réfugiés avec l’appui du patronat. Pour une Allemagne dynamique, elle a besoin de main d’œuvre plus ou moins qualifiée. Puis est venu un vote anti-solidaire. Devant ce constat allemand, en France, nos femmes et hommes politiques se taisent ou jouent  la surenchère de la peur.  Encore et encore.

Pourtant la vague migratoire va continuer. Syrie, Irak, Yémen… Et ce chaos pourrait être contagieux. Il pourrait demain aussi bien toucher le Liban ou encore la Jordanie. En Erythrée, les Nations unies ont abandonné tout un peuple aux mains d’une dictature hors d’âge. C’est toute une jeunesse qui fuit ce pays dans un silence assourdissant. Dans le reste de l’Afrique, les inégalités sociales continuent à se creuser, de vieux despotes s’accrochent au pouvoir et toute une partie de la population désespère. Il est alors normal que les plus vaillants tentent leur chance ailleurs.

L’été dernier, les scènes d’exode ont marqué nos esprits. Des milliers de personnes ont traversé l’Europe et nous avons vu surgir de nouveaux agitateurs de frontières. Mais les femmes et hommes fourmis que sont les migrants avancent envers et contre tout. En juin 1940, ce sont des français, des belges qui fuyaient la guerre, avons-nous perdu la mémoire ?

Il y a un fait social, un fait humain, celui de la migration. Les femmes et les hommes en bonne santé, quand leur propre vie est sans avenir, quand ils ne sont pas enfermés,  bougent  pour vivre autre part. Ils ont la liberté de décider de cette aventure vers un ailleurs. Les juger, les enfermer, vouloir les refouler n’a pas de sens,  n’est pas possible et inhumain. Ce sont des mouvements de population qui traversent nos temps médiatiques. Calais est venu nous le rappeler et nous invite à dilater notre solidarité sur des temps longs.

Tous les satrapes qui nient la réalité sont dans une pure idéologie déconnectée d’une humanité en dynamique de survie.  Nier la migration est mortifère. En France, une bonne partie de notre élite politique est incapable, quand elle est au pouvoir, d’affronter la réalité. Là encore, la situation a été emblématique à  Calais. Il faut conserver des lieux d’accueil et de protection dans le Calaisis et revoir avec l’Angleterre les accords du Touquet sinon l’étranglement calaisien perdurera. Alors abandonnons ces idéologues hors d’usage, ils nous font perdre trop de temps. La gestion des humains qui migrent est une affaire trop sérieuse pour être confiée uniquement au ministère de l’Intérieur. Il  faut ré enchanter notre solidarité, oser et créer des conditions de vie dignes pour ces humains en partance, en errance ou à la recherche d’un port d’amarrage.

En partance.  Les camps pour les réfugiés restent le plus souvent des lieux enfermants et inhumains. Les humanitaires doivent faire des progrès pour urbaniser et humaniser ces lieux de vie. Il n’y a pas de raison de continuer d’en faire des allées de dortoir en toile de tente. Les architectes, les urbanistes peuvent nous aider : inventer des places, des lieux de rencontres, des lieux de cultes, des archipels de vie et des îles de solitude au milieu… Des humains vivent depuis 5 ans dans des camps en Jordanie, ils ont leur mot à dire pour imaginer leurs espaces de survie, pour dessiner ces intermédiaires entre deux départs.

En errance. Les routes migratoires ont été abandonnées aux passeurs et aux mafias. Nous serions tous des délinquants si nous aidions ces personnes sur leur parcours migratoire. Alors désobéissons et aidons-les.  Les sauver de la noyade en Méditerranée est un premier geste, mettre des refuges sur les lieux de « pérégrinations » un deuxième. Les associations médicales humanitaires doivent trouver des modèles pour accompagner leur santé. Leur offrir des protections individuelles pourrait être aussi un début. Par exemple en leur fournissant un système de géolocalisation géré par le migrant lui-même. Géolocalisation qui permettrait de le retrouver, d’identifier les lieux d’enfermement plus ou moins légaux (pour mémoire enfermer un mineur qualifié de sans-papiers est un acte illégal contraire au droit international de l’enfant). Un système de radio pourrait permettre des échanges, des partages d’informations, de donner des nouvelles et des rendez-vous… un système d’empowerment à travers les ondes.

Faut-il inventer dans le droit international un nouveau statut aux migrants « sans frontiériste et  apatride »  qui leur donnerait des droits et des devoirs intégrant celui à la santé là où le migrant est de passage ? L’Europe pourrait être novatrice en inventant une Aide Médicale Européenne.

A la recherche d’un port d’amarrage. Être sans-papier, c’est-à-dire sans identité, c’est ne plus pouvoir bouger au risque à nouveau de tout perdre. Être sans-papier, c’est être dans la main des passeurs, des marchands de sommeil. Être sans-papier, c’est être dans le travail « au black » pour l’éternité. Il faut du temps pour trouver son point d’ancrage, parfois toute une vie. Et puis les liaisons humaines se font et se défont dans ce melting-pot migratoire. Alors trouvons des modalités d’accueil non enfermantes.

Un visa  Schengen avec entrées multiples permettrait à ceux qui le veulent de retourner au pays, pour garder des liens avec leur terre d’origine. Une construction de passerelles entre ici et là-bas, passerelles culturelles, économiques pour mieux affronter demain l’emploi dans nos territoires mondialisés.

Nos villes et nos campagnes pourraient prévoir des lieux d’accueil temporaires et modulables qui donneraient droit à des prestations sociales pour les plus pauvres. Il faut imaginer des lieux de soins pérennes qui prennent en charge en particulier la santé mentale, des lieux de soins intégrés dans le droit commun.

Il faut protéger tous les mineurs, quelque soit leur statut administratif, avec après 18 ans un accompagnement pour les personnes isolées et fragiles quand elles le demandent. L’Ecole de la République doit avoir des moyens renforcés pour accompagner les nouveaux arrivants, leur apprendre la langue du pays d’accueil et les orienter vers leur avenir professionnel.

La migration est une chance à saisir pour les pays d’accueil, elle est porteuse de nouvelles énergies, de nouvelles rencontres, des nouveaux patrimoines humains à croiser !

Dr Thierry Brigaud, ancien Président de Médecins du Monde

Dr Françoise Sivignon, Présidente de Médecins du Monde

Parution de « Passeur » de Raphaël Kraft

Classé dans : Manifestives et Culture,Réfugiés - Migrants — 22 janvier, 2017 @ 1:06

http://www.buchetchastel.fr/passeur-raphael-krafft-9782283029572

Passeur -
  • Document
  • Essais-Documents
  • Date de parution : 19/01/2017
  • Format : 11,5 x 19,0 cm, 160 p., 14.00 €
  • ISBN 978-2-283-02957-2

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MEDIAS ITALIENS « La Repubblica » 31/12/2016 : Réouvertures des CIE et redoublement des expulsions

Classé dans : Medias : Articles presse Radios,Réfugiés - Migrants — 21 janvier, 2017 @ 8:17

http://www.repubblica.it/cronaca/2016/12/31/news/il_piano_controlli_straordinari_e_un_centro_in_ogni_regione_per_identificare_e_allontanare_chi_non_ha_diritto_a_rimanere_-155151565/

Controlli straordinari e un centro in ogni regione per identificare e allontanare chi non ha diritto a rimanere. La svolta nella circolare firmata ieri dal ministro dell’Interno Minniti e dal capo della polizia Gabrielli

di CARLO BONINI – 31 dicembre 2016

CIE (Centre d’Identification et d’Expulsion): https://it.wikipedia.org/wiki/Centro_di_identificazione_ed_espulsione

ROMA. Nell’ultimo giorno utile dell’anno, quasi a voler comunicare un’urgenza non più procrastinabile e una discontinuità che, implicitamente, è la sincera presa d’atto di un fallimento consumato in questi anni, con una circolare di due pagine, trasmessa ieri mattina a tutte le Prefetture e Questure del Paese, ai comandi di Arma dei Carabinieri, Guardia di Finanza, Polizia Penitenziaria, il nuovo ministro dell’Interno, Marco Minniti, e il capo della Polizia, Franco Gabrielli, annunciano una stagione di tolleranza zero sul terreno dei respingimenti dei migranti irregolari. Con il coinvolgimento di tutte le forze dell’ordine in « piani straordinari di controllo del territorio » che – per quanto ne riferiscono qualificate fonti del Dipartimento di Pubblica Sicurezza – saranno accompagnati da un aumento esponenziale del numero dei Centri di identificazione ed espulsione (i quattro attualmente operativi dovrebbero quintuplicarsi, fino ad assicurare la presenza di un Cie in ogni regione italiana).

Impegnando il governo, Minniti e Gabrielli prendono dunque per il bavero la questione che è stata sin qui la tomba di ogni esecutivo e su cui, di qui ai prossimi mesi, si definiranno, insieme, i nostri rapporti di forza con l’Unione Europea e l’esito delle elezioni politiche. E lo fanno partendo dai numeri che ci rendono oggi inadempienti agli occhi di Bruxelles rispetto alle raccomandazioni dell’aprile e maggio 2015 e che gonfiano l’onda di risentimento nel Paese. Quindicimila espulsioni tra il gennaio 2014 e oggi a fronte di 500mila arrivi. Statistiche che, nella loro brutalità, per usare le parole pronunciate giovedì scorso dallo stesso Minniti durante il Comitato per l’Ordine e la sicurezza provinciale di Milano, fanno della presenza di migranti irregolari nel nostro Paese « non più solo un problema di ordine pubblico, ma una questione su cui si gioca la tenuta del tessuto democratico del Paese » .

La circolare di Gabrielli non è, ne potrebbe evidentemente esserlo, un documento di « policy » sull’immigrazione (per quello, il ministro dell’Interno conta di presentare in Parlamento un piano entro la fine di gennaio), ma è l’annuncio di un cambio di passo nelle routine di polizia. « Appare necessario – scrive il capo della Polizia – conferire massimo impulso all’attività di rintraccio dei cittadini dei Paesi terzi in posizione irregolare. In particolare, attraverso una specifica attività di controllo delle diverse forze di polizia. Sarà a tal proposito necessario, fornire loro indicazioni specifiche affinché, in caso di rintraccio di detti stranieri, assumano diretti contatti con gli Uffici immigrazione delle Questure territorialmente competenti, cui spetta l’avvio delle procedure di espulsione ». Di più: « In relazione a detta esigenza, si ritiene auspicabile procedere a una preventiva pianificazione dei servizi specificamente mirati, al fine di ottimizzare le risorse disponibili » .

Come accaduto due settimane fa, con il varo di una nuova dottrina di prevenzione antiterrorismo, lo schema torna ad essere quello della piena « devoluzione » dei piani di « rintraccio ed espulsione degli irregolari » dal centro alla periferia. Dunque – come si legge ancora nella circolare – con l’attribuzione di un ruolo centrale ai cosiddetti Comitati provinciali per l’ordine e la sicurezza pubblica. Quelli cioè dove siedono anche le polizie municipali e, soprattutto, gli amministratori locali. E questo – scrive Gabrielli – « perché è proprio nella sede dei Comitati provinciali che potranno essere attivati piani straordinari di controllo del territorio volti non solo al contrasto dell’immigrazione irregolare, ma anche allo sfruttamento della manodopera e alle varie forme di criminalità che attingono dal circuito della clandestinità » .

L’idea di aumentare la pressione di polizia sul circuito illegale dello sfruttamento dell’immigrazione clandestina – dai controlli nei cantieri edili, a quelli nelle cucine dei ristoranti e nei mercati, per non dire dei circuiti del piccolo spaccio – è del resto funzionale non solo a far salire il numero dei « rintracci » degli irregolari, ma anche a mantenere fede alla cornice « politica » in cui questo passaggio « securitario » dichiara di iscriversi. Per dirla dritta e parafrasando le parole usate spesso dallo stesso Minniti, non politiche di destra fatte da un governo di sinistra, ma la presa d’atto che la strada che porta alla piena accoglienza e a politiche di inclusione dei migranti regolari non possa che passare necessariamente attraverso prassi di respingimento efficaci e credibili nei confronti degli irregolari. « Per il nostro Paese – spiega ancora una qualificata fonte del Dipartimento della Pubblica Sicurezza – significherebbe far salire il numero delle espulsioni su base annua a 10 mila unità, contro le 5 mila attuali. Con l’obiettivo ambizioso, ma non irrealistico di arrivare a 20 mila ». Impedendo in questo modo che, magari, rientri attraverso la finestra del diritto di asilo per ragioni umanitarie, chi non si riesce ad espellere dalla porta principale dei respingimenti. « È triste dirlo – osserva una fonte ministeriale della nostra Immigrazione – ma quando si va a vedere che il 70-80 per cento di chi chiede asilo per ragioni umanitarie si dichiara omosessuale perseguitato nei Paesi di provenienza, è evidente che qualcosa non funziona ».

Naturalmente, non sarà sufficiente una circolare del capo della Polizia a rimettere su un binario virtuoso le prassi di respingimento dei migranti irregolari. Finché non si definiranno accordi in grado di governare i flussi in entrata, restituire legalità e piena dignità alla condizione di migrante nel nostro Paese sarà come svuotare il mare con un secchiello. Anche per questo, il ministro dell’Interno avrà in gennaio incontri bilaterali a Malta, in Egitto, Tunisia e Libia.

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