ROYA CITOYENNE – Résistances en Roya

solidarité, renforcement du réseau social, réflexion sur des projets de société respectueux de l'humain et de la nature…

Archive pour novembre, 2016

MEDIAS : LCI « Il risque 5 ans de prison pour avoir aidé des migrants »

Posté : 30 novembre, 2016 @ 2:12 dans Medias : Articles presse Radios, Mobilisation, Réfugiés - Migrants | Pas de commentaires »

http://www.lci.fr/societe/il-risque-5-ans-de-prison-pour-avoir-aide-des-migrants-cedric-37-ans-juge-a-nice-estime-qu-il-ne-faut-plus-fermer-les-yeux-2013633.html

L’HISTOIRE – Cédric Herrou, un agriculteur de la vallée de la Roya, à la frontière avec l’Italie dans le sud de la France, devait être jugé ce mercredi pour avoir, avec son association, pris sous son aile des migrants. Si l’audience a été reportée, ce militant de 37 ans est loin d’être le seul poursuivi : dans la région, un grand réseau de solidarité s’est mis en place.

23 nov 2016 12:43

Il risque 5 ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende. Mercredi, Cédric Herrou devait être jugé pour avoir pris sous son aile des migrants. Cet agriculteur devait comparaître à Nice pour « aide à l’entrée, à la circulation et au séjour d’étrangers en situation irrégulière ». L’audience a finalement été reportée au 4 jnavier 2017. Si le cas de Cédric a été largement médiatisé,  il est loin d’être le seul à être ainsi poursuivi pour s’être rendu « coupable » d’aider. 

Grand front, lunettes rondes, air de force tranquille, l’homme de 37 ans vit dans la vallée de la Roya, à Breil-sur-Roya. Un vallon verdoyant regroupant quelques villages et 6.000 habitants, à la frontière avec l’Italie dans les Alpes-Maritimes. A l’été 2015, la vallée a vu débarquer de nouveaux arrivants, pas vraiment du coin : plus au sud, la France a fermé ses frontières avec l’Italie, à Vintimille. Là se sont entassés des migrants, par milliers, en provenance d’Erythrée, du Soudan, du Tchad, ou encore d’Ethiopie. Ils ont quitté leur pays instable, pensant se réinventer une vie. Mais une fois bloqués à Vintimille, beaucoup tentent de remonter la vallée pour passer, plus haut, la frontière. 

Suzel, habitante de la vallée de la Roya, les a vus arriver. Petites silhouettes épuisées, frigorifiées, souvent affamées, qui ont parcouru en tongs ces chemins de randonnée. « Ce sont des gens qui sont en mauvaise santé, qui sont épuisés, qui voyagent depuis des mois », raconte-t-elle à LCI. « Ils prennent énormément de risques pour passer la frontière, passent par des routes super dangereuses. » Souvent, ils marchent de nuit, pour se cacher des autorités qui les traquent. Longent les lignes de chemin de fer, l’autoroute, dorment dans des fourrés ou sous les tunnels. Comme des fantômes.

 A un moment, on ne peut plus fermer les yeuxCédric Herrou, agriculteur

Alors dans la vallée, des habitants ont voulu aider. D’abord au coup par coup. Puis, en mai dernier, une petite quinzaine de personnes s’est organisée et a monté l’association « Roya citoyenne ». « On a d’abord paré au plus urgent : distribuer de la nourriture », raconte Suzel, membre de l’association. Depuis, tous les soirs, une maraude part de chaque village de la vallée. Une ou deux voitures, avec un tas de sandwichs, à la rencontre des migrants. En cachette. Car rien que ça, c’est illégal en dehors des lieux d’accueil. « On donne à manger en cachette à des gens réfugiés sous des ponts…C’est quand même incroyable », se révolte Soizic. « L’hiver approche. Un jour il va y avoir des morts de froid. On est en montagne, quand même. » L’association s’est aussi posée la question de l’accueil et du transport de ces migrants. « C’est un gros sujet, on n’était pas tous d’accord », confie Suzel. « Le choix fait ne peut qu’y être individuel. »  

Cédric Herrou lui, a vite choisi : il a chamboulé sa vie pour aider les migrants. Chaque soir, il accueille chez lui entre 15 et 40 personnes, qui n’ont pas de toit. « Ils restent environ une semaine », raconte-t-il à LCI. « On les remet en état, des médecins s’occupent d’eux. On les conseille, on les considère. On met un peu d’humanité sur leur passage. » Il veut voir les hommes, les enfants, derrière ces fantômes errants. « C’est un peu simpliste de dire qu’ils viennent là pour profiter d’un système. Moi je vois des gamins de 16 ans, qui se sont fait sortir de leur pays par la guerre, la dictature, à qui leurs parents manquent. »

Jusqu’à cet été, Cédric a aussi emmené des migrants de Vintimille en voiture. « C’est un peu borderline », reconnaît-il. « Mais de toute façon, ils passeront. Ils sont prêts à tout pour passer. Le problème, c’est de les préserver du danger, de ces réseaux clandestins, les mafias, la prostitution. A un moment, on ne peut plus fermer les yeux. » Cédric avait été arrêté en août avec huit Erythréens à bord de son véhicule. Le procureur de Nice avait abandonné les poursuites. Mercredi, en plus de « l’aide à l’entrée, à la circulation et au séjour d’étrangers en situation irrégulière », l’agriculteur est poursuivi pour « occupation illégale de locaux privés » après l’ouverture en octobre, avec un collectif d’associations, d’un squat pour migrants dans une colonie de vacances SNCF désaffectée à Saint-Dalmas-de-Tende.  

« Je me suis mis dans l’illégalité car l’Etat ne respecte pas la légalité », Cédric Herrou, agriculteur

Mais pour son procès, Cédric paraît confiant malgré la lourde peine qu’il encourt. « Je n’ai fait de mal à personne, j’ai juste le devoir de sortir du danger des mineurs », dit-il à LCI. Car il l’affirme :   »Il n’y a aucune prise en charge des mineurs isolés de la part de l’Etat, ils sont systématiquement reconduits à la frontière. Je me suis mis dans l’illégalité car l’Etat ne respecte pas la légalité ». Samedi dernier, à Nice, plusieurs associations ont d’ailleurs affirmé avoir des preuves que la police renvoie des mineurs à Vintimille, alors que ces derniers ont rempli des requêtes demandant l’aide de l’Etat, ce qui est illégal.  

C’est aussi là-dessus que compte jouer un des avocats de Cédric, Me Françoise Cotta, qui a donc obtenu le report du procès. Car le combat est quasiment politique. « Les Alpes-Maritimes sont une zone de non- droit, même la politique gouvernementale n’est pas appliquée », accuse l’avocate, allusion au fait que la Région et le Département ont refusé tout net de mettre à disposition des places d’hébergements lors du démantèlement de Calais.  »Christian Estrosi (président de Région) et Eric Ciotti (président du Département) disent qu’ils ne veulent pas de réfugiés chez eux. Mais l’aide sociale à l’enfance a l’obligation de prendre en charge les mineurs. On veut absolument que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités. »

C’est la première fois qu’une région se mobilise à ce point-làMe Françoise Cotta

Depuis quelques temps, Roya citoyenne a choisi de sortir de l’ombre. De médiatiser son action, appuyée par des associations nationales comme Médecins du monde ou Amnesty. Manière d’appeler à la désobéissance civile, à la solidarité, mais aussi à l’aide : elles ne peuvent plus agir seules. Pour l’instant, en face, les autorités répliquent par voie judiciaire. Un autre habitant de la vallée, Pierre Alain de Mannoni, un enseignant de Nice, est ainsi jugé mercredi pour avoir fait monter trois Erythréennes dans sa voiture le 17 octobre dernier. Un autre procès est prévu le 4 avril. Une petite dizaine d’habitants de la Roya ont déjà été placés en garde à vue, avant d’être relâchés. Mais Me Françoise Cotta se montre plutôt confiante, en tout cas sur le cas de Cédric. « Je pense qu’il ne risque pas grand-chose, il est trop médiatisé », dit-elle. « Ni qu’il y ait une volonté de réguler de la part des autorités. Et puis, on fait le travail des pouvoirs publics, ils pourraient dire merci. C’est la première fois qu’une région se mobilise à ce point-là. Cédric n’est pas tout seul : beaucoup, beaucoup de gens de la vallée hébergent, transportent, font passer les frontières. C’est une situation assez inédite. »

Sans doute, dans la vallée, quelque chose se passe. « Depuis deux, trois semaines, de plus en plus d’habitants entrent en contact avec nous, proposent leur aide », confirme Suzel. « Ils ne sont pas du tout militants, mais sont très choqués de voir ces gens dehors, dans le froid, et d’apprendre qu’en les aidant, on est criminalisé. » La force de la solidarité, Cédric y croit. « Ça n’a jamais été la majorité qui a fait bouger les choses, c’est toujours été une minorité. C’est nous qui faisons vivre la cité ! » 

MEDIAS : Ressources magazine « Devant la justice pour avoir aidé des réfugiés »

Posté : 30 novembre, 2016 @ 2:08 dans Medias : Articles presse Radios, Mobilisation, Réfugiés - Migrants | Pas de commentaires »

http://www.ressourcesmagazine.fr/societe/devant-la-justice-pour-avoir-aide-des-refugies

 

DEVANT LA JUSTICE POUR AVOIR « AIDÉ DES RÉFUGIÉS »

ÉCRIT PAR AURÉLIE SELVI LE 24 NOVEMBRE 2016

Mercredi 23 novembre, 13 heures, dans le Vieux-Nice. Une foule dense et hétéroclite, de plus de 200 personnes, noircit la place et les marches du Palais de justice. Des jeunes, des moins jeunes, ici des gens venus en famille, là des militants arborant une banderole « Oui à la solidarité et à l’accueil des migrants et réfugiés »… Cette solidarité, il en est justement question à la barre de la 7ème chambre du Tribunal correctionnel, une juridiction chargée de juger les délits et pouvant prononcer des peines allant jusqu’à 10 ans d’emprisonnement. Ce jour d’automne, caméras, micros et objectifs sont braqués sur Cédric Herrou, 37 ans, et Pierre-Alain Mannoni, 45 ans, deux Azuréens jamais convoqués avant dans cette salle. Le premier est agriculteur à Breil-sur-Roya, le second ingénieur d’étude dans un labo de recherche et enseignant en géomatique à la Faculté des sciences de Nice. S’ils fendent la foule sous les applaudissements nourris, c’est que leur convocation devant la justice a soulevé un vent d’indignation chez des centaines d’habitants des Alpes-Maritimes et au-delà. L’une des pétitions de soutien lancée a recueilli plus de 61 000 signatures. Les faits qui leur sont reprochés : « aide directe on indirecte » à l’entrée (uniquement pour Cédric Herrou), au séjour et à la circulation de plusieurs étrangers en situation irrégulière. Des actes passibles d’une peine maximale de 5 ans de prison et de 30 000 € d’amende.

« J’ai juste essayé d’appliquer les mots Liberté, Egalité, Fraternité »

Pull et foulard coloré, chaussures de rando’ aux semelles imprimées de terre, Cédric Herrou contemple le Palais de Justice avant de s’y engouffrer. « Etes-vous impressionné par le monde réuni pour vous soutenir ? », lance un journaliste. « Du monde, j’en ai tous les jours à la maison. En moyenne, 25 mineurs réfugiés. Nous les nourrissons, leur donnons un hébergement. A côté de ça, j’ai mon boulot. Il faut que tout ça soit mis en lumière, pour que les citoyens, les pouvoirs publics soient au courant de cette réalité. Ce que je vois aujourd’hui,  c’est que l’on est au pied d’un bâtiment sur lequel je peux lire Liberté, Egalité, Fraternité. J’ai juste essayé d’appliquer ces mots », répond celui qui n’a jamais caché ses activités de passeur citoyen, relayées dans les médias jusqu’au New-York Times, et qui a créé, à même son exploitation, un camping de fortune pour accueillir de jeunes migrants. Depuis son arrestation en marge de l’évacuation d’un bâtiment désaffecté de la SNCF, occupé à l’initiative d’habitants de la vallée réunis au sein de l’association Roya Citoyenne et souhaitant palier l’absence de Centre d’accueil et d’orientation pour réfugiés dans le département, Cédric Herrou était sous le coup d’un contrôle judiciaire strict : interdiction de conduire et de quitter le département, obligation de pointage en gendarmerie. Ce mercredi, l’agriculteur a obtenu le report de son procès au 4 janvier 2017 et la levée de son interdiction de circuler en journée.

MEDIAS : Ressources magazine

Arrêté au péage de La Turbie

Depuis le 18 octobre, Pierre-Alain Mannoni est aussi dans le collimateur du procureur de la République. A la barre, il raconte que, cette nuit-là, alors qu’il était de retour d’une soirée à Saint-Dalmas-de-Tende, l’un de ses amis, qui habite le coin et apporte aussi son soutien aux migrants, lui propose de passer par l’ancienne colonie de vacances SNCF occupée. Au moment de quitter les lieux, on lui demande s’il peut conduire 3 jeunes filles érythréennes, dont une mineure, à la gare de Cagnes-sur-Mer. Toutes ont déclaré avoir essayé de rejoindre la France à plusieurs reprises. L’une d’elles était même aux côtés de la jeune Milet, morte fauchée sur l’autoroute, lors d’une périlleuse tentative de traversée dix jours plus tôt. « Elles étaient blessées et devaient rejoindre Marseille pour s’y faire soigner. Il y avait la crainte qu’elles soient reconduites en Italie si elles se rendaient dans un hôpital des Alpes-Maritimes », explique-t-il à la barre. Un brin désarçonné, l’enseignant accepte, poussé, dit-il, par « la souffrance physique et la peur qui se lisaient sur leur visage ».  « Il y a un dilemme, concédait-t-il en amont de l’audience, parce que j’ai ma p’tite vie, avec ma p’tite auto, avec mon p’tit manteau mais ma morale, mon éducation, me disent de le faire ». Le périple s’arrêtera au péage de la Turbie, où un escadron de gendarmerie contrôle le véhicule de ce père de famille divorcé, puis le place en garde à vue 36 heures durant.

« Vous êtes-vous posé la question de la légalité de ce que vous étiez en train de faire ? », demande la présidente du tribunal. « J’avais compris que leur présence en France était illégale, que si on les prenait, elles seraient reconduites en Italie. Mais face aux gendarmes, je crois au bien-fondé de mon acte et je négocie même pour qu’ils acceptent que je les prenne en charge », répond l’ingénieur, qui se définit « comme un citoyen, pas militant ». Solidarité ou illégalité ? Telle est la question à laquelle le tribunal doit répondre. Pour Philippe De Botton, médecin mentonnais venu témoigner en faveur du prévenu, « quand on voit des gens dans cet état-là, on ne peut pas ne pas les aider ». Et le praticien, engagé au sein de l’association Médecins du monde, d’égrainer les « plaies, entorses, problèmes dermatologiques et la grande détresse psychologique », constatés par les 4 infirmières et 2 médecins bénévoles, déployés sur demande dans la Roya face à l’afflux de migrants, ces derniers mois.

6 mois de prison avec sursis requis

Pour le parquet, représenté ce mercredi par le Procureur de la République, Jean-Michel Prêtre, en personne, gare « à ne pas confondre secours et aide au séjour et à la circulation ». « Le secours est un devoir. Ce n’est pas cela qui est poursuivi aujourd’hui. Vos actions ne s’inscrivent pas dans ce cadre-là ni dans une volonté de régler un problème humanitaire mais consistent à nier le fait que des frontières et des lois existent dans un pays, en fonction d’un système démocratique », appuie ce dernier, qui précise avoir fait preuve de distinguo en ne poursuivant par Pierre-Alain Mannoni pour l’intégralité des faits qu’il avait avoués en garde-à-vue. Lors de son audition, l’ingénieur niçois avait en effet avoué avoir, dès le 16 octobre, véhiculé, depuis la Roya jusqu’à chez lui, 4 Soudanais perdus sur une route sinueuse, croisés alors qu’il se rendait, avec sa fille, à une Fête de la Brebis dans l’arrière-pays. « J’éduque mes enfants au quotidien avec des valeurs. Je vois des gens perdus, je m’arrête, c’est normal », avait-il argué plus tôt. « Vous les avez pris en charge car ils étaient en danger et personne, surtout pas moi, ne vous poursuivra pour ça », nuance le procureur, qui requiert une peine de 6 mois de prison avec sursis en forme « d’avertissement sévère ». Et ce dernier d’invoquer une « enquête extrêmement solide », qui a fouillé tant du côté de la personnalité du prévenu que de ses SMS personnels.

« Ils devraient être remerciés », juge Cécile Duflot

A la barre, ce sont deux visions du droit et du devoir qui s’entrechoquent. « Je reste convaincue que ce  geste d’humanité ne peut recevoir aucune sanction », plaide vivement Me Binimelis, qui convoque l’article L 622-4 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Ajouté fin décembre 2012, après l’abrogation par l’Assemblée nationale (suivant une proposition de loi de Manuel Valls) du « délit de solidarité », ce texte prévoit une « immunité » pour les personnes ayant fait preuve d’une aide « visant à préserver la dignité ou l’intégrité physique » d’un étranger. « Quand il intervient, mon client est absolument convaincu que c’est nécessaire au secours de ces 3 jeunes filles. Moi, vous, quel choix aurions-nous fait face à un tel spectacle ? Cette question me tourmente depuis que j’ai rencontré monsieur Mannoni et je ne suis pas convaincue que je n’aurais pas fait la même chose… Peut-être qu’un jour, moi, vous, serons à cette barre. »

C’est justement pour défendre cette abrogation du « délit de solidarité » que la parlementaire EELV Cécile Duflot a fait le déplacement de Paris. « Je l’ai voté en tant qu’élue d’une majorité en place et je ne comprends pas comment, aujourd’hui, de tels procès peuvent avoir lieu… Ce qu’on fait Cédric Herrou et Pierre-Alain Mannoni, c’est simplement agir avec humanité. La société devrait les remercier pour ça », tranche, depuis la salle des pas perdus, l’élue, seule représentante politique, avec la conseillère municipale PS de Nice Christine Dorejo, à assister à l’audience.

En attente du délibéré, Pierre-Alain Mannoni a obtenu la levée de son contrôle judiciaire (c) Aurélie_Selvi

La justice tranchera le 6 janvier

Solidarité ou illégalité, donc ? Ce mercredi, la présidente du tribunal a, en tous cas, choisi de différer sa décision au 6 janvier 2017, jugeant qu’il y avait « nécessité à réfléchir ». Pierre-Alain Mannoni, lui, a regagné son domicile en bénéficiant de la levée de son contrôle judiciaire lui interdisant, depuis son arrestation, de quitter Nice et de conduire, sauf pour amener ses enfants à l’école. « Il se passe quelque chose. Je ne suis pas le seul à aider. Dans les Alpes-Maritimes, beaucoup de gens agissent pour les réfugiés. Mon seul mérite a été de me faire arrêter », commente l’universitaire, qui a notamment bénéficié d’une lettre ouverte de soutien signée par 700 enseignants-chercheurs de Paca et d’au-delà. « Moi, je suis là aujourd’hui parce que je ne me reconnais pas dans cette France qui fait passer en jugement des gens auxquels je m’identifie parfaitement, comme membre du collectif AGIR [collectif aixois de 26 associations engagées pour l’accueil des réfugiés] mais aussi comme citoyenne », jugeait plus tôt Françoise, 68 ans, croisée sur la place du Palais. « Ça devient incroyable de faire de la solidarité un délit. On n’a pas tous ce courage mais aujourd’hui on est là. J’ai un peu peur qu’on veuille faire un exemple de cette situation, pour décourager. J’espère être pessimiste », s’inquiétait, quant à elle, Fabienne, 57 ans, agent du Conseil général à la retraite.

Accueilli hier soir sous les applaudissements par quelques dizaines de citoyens supportant l’audience tardive, Pierre-Alain Mannoni a conclu par ces mots : « d’autres personnes sont poursuivies, d’autres combats sont à mener ». Trois Azuréens, arrêtés pour le même type de faits, devraient, en effet, se présenter au printemps prochain devant la justice. Ironie du sort, ce mercredi après-midi, juste avant que l’enseignant niçois ne se présente à la barre, c’est un passeur clandestin, comparaissant pour avoir tiré profit de la détresse des migrants bloqués à Vintimille, que ce même tribunal entendait*…

Aurélie Selvi, avec Stéphane Robinson

A lire dans Ressources #6, prochainement en kiosques, notre reportage auprès des Azuréens qui viennent en aide aux migrants.

*Le procès de cet homme, sous mandat de dépôt, a été reporté à une date ultérieure.

Article du Monde « A la frontière italienne, la vallée de la Roya solidaire des migrants »

Posté : 24 novembre, 2016 @ 8:11 dans Medias : Articles presse Radios, Réfugiés - Migrants | Pas de commentaires »

http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/11/24/entre-italie-et-france-la-vallee-de-la-roya-solidaire-avec-les-migrants-a-perdu-son-insouciance_5036885_3224.html?xtmc=mannoni&xtcr=1

Article en téléchargement au format pdf : fichier pdf lemonde roya

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A la frontière italienne, la vallée de la Roya solidaire des migrants

Les habitants se sont organisés pour accueillir et aider les réfugiés venus à pied de Vintimille. Malgré la multiplication des poursuites judiciaires pour « délit de solidarité ».

LE MONDE | 24.11.2016 à 06h36 • Mis à jour le 24.11.2016 à 17h50 | Par Maryline Baumard

Cédric Herrou, entouré du groupe de réfugiés qu’il héberge.

L’affaire semble rodée. Sur le parking de la gare, la voiture s’arrête face à l’accès aux quais. Quatre jeunes hommes en descendent et suivent la conductrice. Hawat, Benet, Mickaël et Daniel ont une vingtaine d’années, ils ont parcouru sept mille kilomètres depuis l’Erythrée, mais sont peu familiers du train. Comme elle le ferait pour ses enfants, la conductrice distribue sandwichs et conseils.

En retour, une infinie reconnaissance pour celle qui les a hébergés, nourris et conduits vers cette petite gare discrète, se lit dans leurs yeux fatigués. Daniel, plus que les autres, est sensible à cet acheminement loin de Nice ; lui qui par cinq fois déjà a été refoulé de France vers l’Italie… Mais pas de temps lundi pour les effusions, le train n’attend pas.

A la même heure, dans une autre gare du Var, se rejoue la même scène, à quelques variantes près, puisque cette fois, ils sont huit à reprendre la route du nord, après leur pause forcée dans la vallée de la Roya.

Dimanche 20 novembre, cette vallée située entre Nice et la frontière italienne affichait complet. Pas de touriste en cette saison. Mais depuis une semaine, les arrivées de migrants en provenance du camp de la Croix-Rouge à Vintimille, juste derrière la frontière, ont été nombreuses. Là-bas, même avec les deux grandes tentes installées le 18 novembre, les exilés n’ont pas tous un morceau de matelas. Vintimille est un peu le Calais italien, un lieu où l’on reprend des forces afin d’esquiver les contrôles frontaliers.

La police, la gendarmerie et même l’armée tentent en effet…

BRIANCON : SOLIDAIRES D’UNE VALLEE L’AUTRE !

Posté : 24 novembre, 2016 @ 7:57 dans Droits de l'homme - Société, Réfugiés - Migrants | Pas de commentaires »

https://alpternatives.org/2016/11/24/briancon-solidaires-dune-vallee-a-lautre/

Briançon : Solidaires d’une Vallée à l’autre !

Posted on novembre 24, 2016

BRIANCON : SOLIDAIRES D'UNE VALLEE L'AUTRE ! dans Droits de l'homme - Société
Aujourd’hui, le mouvement citoyen « Tous Migrants », créé il y a 15 mois à Briançon, a organisé une démarche symbolique devant la sous-préfecture, pour protester contre les inculpations de citoyens solidaires des migrants, dont 2 habitants des Alpes-Maritimes traduits devant le tribunal correctionnel de Nice au même moment.
Une cinquantaine de briançonnais se joints spontanément à la démarche.
Un texte a été rédigé à l’attention de la population (ci-après) et transmis à Mme Isabelle Sendrané, sous-préfète.

ALERTE AUX CITOYENS

Nous sommes dans un Etat de Droit, veillons à y rester !
Face à la crise des politiques d’asile en Europe et dans notre pays, et au positionnement que nous devons et pouvons prendre en tant que citoyen, le Mouvement Citoyen Tous Migrants souhaite attirer l’attention des briançonnais sur les aspects suivants :
Méditerranée : L’ONU a annoncé qu’au moins 3800 personnes avaient péri en Méditerranée depuis le début de l’année, soit plus que pour l’ensemble de l’année 2015. Depuis début 2016, douze personnes en moyenne meurent chaque jour en tentant de rejoindre le continent européen et ce malgré le travail des équipes de secouristes. Ce bilan est d’autant plus désastreux que les migrants ont été trois fois moins nombreux à tenter cette traversée périlleuse cette année (source : Le Monde.fr 26.10.2016). Derrière ces chiffres, une hécatombe qui se poursuit au fil des jours.
Calais et Paris : Le démantèlement du bidonville de Calais et l’évacuation des campements improvisés dans les rues de Paris se sont déroulés une nouvelle fois dans des conditions souvent indignes, bien plus selon un schéma policier que dans une démarche résolument humanitaire. De nombreux collectifs 1 d’associations humanitaires, d’organisations de défense des droits, de citoyens engagés et de journalistes présents lors du déroulement des opérations, ont fait état de dysfonctionnements graves des services de l’Etat, notamment au détriment des enfants et des jeunes. Ils ont également témoigné de menace de transferts et de transferts effectifs en centre de rétention, notamment en cas de refus d’embarquer dans les cars, alors que les migrants étaient largement dans l’ignorance de ce qui les attendait.
Vallée de la Roya et Alpes Maritimes : La présence militaire et policière se renforce aux postes-frontières et dans la montagne. Les contrôles et reconductions, parfois musclés et expéditifs se systématisent à la frontière mais aussi dans les villes et villages à proximité. Ne pouvant plus rejoindre la France par la route ou le train, les migrants empruntent des itinéraires détournés, de plus en plus dangereux en particulier avec la venue de l’hiver. De nombreux habitants de la vallée secourent ces migrants en les hébergeant, leur donnant un repas. Les mises en garde à vue de ces « justes » se multiplient et certains sont poursuivis en justice comme des criminels !
Hautes-Alpes : Il y a un an, un centre de répit était ouvert à Briançon et accueillait 21 personnes. Au bout de 7 mois, elles ont été réorientées de manière expéditive vers des centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) éloignés de plusieurs centaines de kilomètres. Ces décisions ont été imposées sans tenir compte du travail de reconstruction psychologique et d’insertion que ces personnes avaient entamé sur le territoire, ni du travail des structures professionnelles et des bénévoles. Ces décisions sont prises de manière administrative et expéditive et bafouent le droit de chacun à l’autodétermination et à choisir pour sa propre vie. Depuis le 7 novembre dernier, un groupe de 24 personnes évacuées de Paris a été accueilli à Briançon en CAO sans garantie quant à la latitude dont ces personnes pourront disposer pour poursuivre leur parcours de demandeur d’asile. 1 Amnesty International, Auberge des Migrants, Cimade, GISTI, MSF, Médecins du Monde, UNICEF…), Syndicat des avocats de France (SAF), Association des avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE).
Ces quatre situations sont liées. Chacune suscite notre indignation et nous met en alerte. – Il y a urgence à rester humain et à accueillir dignement toutes celles et ceux qui fuient des situations politiques et/ou économiques ne leur permettant pas de vivre en sécurité dans leur pays.
– Il y a urgence à ne pas considérer ni traiter les migrants comme des criminels, des imposteurs, des voleurs ou des animaux.
– Il y a urgence à ne pas laisser nos mers et nos montagnes se transformer en zones militarisées ou/et en cimetières, à ne pas contraindre des personnes à se construire des bidonvilles. Restons vigilants face aux pressions administratives, policières, judiciaires ou civiles qui ne respectent pas les droits humains fondamentaux.
– Les contrôles abusifs et les décisions expéditives de renvoi aux frontières sont inadmissibles.
– L’inculpation de bénévoles pour « délit de solidarité » est tout simplement inacceptable. Veillons par nos comportements de citoyens et de professionnels à ne pas cautionner des directives indignes et à faire respecter les droits fondamentaux inscrits dans notre Constitution ainsi que les 3 principes gravés au fronton de nos mairies. Nous sommes dans un Etat de Droit, veillons à y rester !
Nous appelons les briançonnais à manifester leur soutien aux migrants et à toutes celles et ceux qui leur viennent en aide, ici et ailleurs :
– Signez la pétition Tous Migrants :
et rejoignez-nous ;
– Signez la pétition « Les citoyens de PACA disent oui aux migrants » : https://www.change.org/p/cestrosiles-citoyens-de-paca-disent-oui-aux-migrants  – Signez la pétition de soutien aux habitants de la Vallée de la Roya : https://www.change.org/p/soutenons-roya-et-le-centre-d-accueil-pour-migrants-et-réfugiés-de-saintdalmas-de-tende ;
– Signez la pétition de solidarité avec les citoyens solidaires des réfugiés : https://www.change.org/p/solidarité-avec-les-solidaires ;
– Manifestez le 23 novembre contre l’inculpation de deux bénévoles qui passeront au même moment devant le Tribunal correctionnel de Nice pour avoir aidé des migrants en toute humanité : En apposant une pancarte sur votre balcon, votre voiture ou autre, ou en arborant un badge pour affirmer « la solidarité n’est pas un délit » ; o En vous associant à notre délégation à la sous-préfecture à 13h30 avec ces mêmes pancartes pour remettre cette alerte à Madame la sous-préfète.

Sans étiquette politique, religieuse ou institutionnelle, « Tous Migrants » est un collectif citoyen de sensibilisation et de plaidoyer né en septembre 2015 autour du drame humanitaire des migrants en Europe, de la Méditerranée à Calais. Fort de l’adhésion de plus de 400 citoyens à la cause qu’il défend, le collectif mène des initiatives variées, dans le Briançonnais : veille et partage de l’information via une newsletter périodique et une page Facebook, conférences, cinés-débat, ateliers d’écritures, manifestations artistiques ou culturelles de soutien… 

L’action de Tous Migrants repose sur deux principes directeurs :  

–    C’est en renforçant le lien social local, en ouvrant des espaces de dialogue, d’échange, de convivialité et de solidarité avec notre voisin d’ici (« l’autre d’ici ») que nous accepterons naturellement notre voisin de là-bas (« l’autre de là-bas », étranger, migrant, réfugié…) ; 

–    Chacun d’entre nous peut et doit « faire sa part », à son échelle, suivant la théorie du colibri de Pierre Rabhi, pour contribuer à la résolution de la crise humanitaire actuelle, y compris en plaidant pour l’adoption de décisions politiques plus responsables et humaines en matière de migration. Il en va de notre humanité et notre dignité.

Contact : tousmigrants@gmail.com – www.facebook.com/pasennotrenombriancon

PROCES DU 23/11/2016 – communiqué de Roya citoyenne – Soutiens

Posté : 24 novembre, 2016 @ 2:58 dans Medias : Articles presse Radios, Mobilisation, Réfugiés - Migrants | 1 commentaire »

COMMUNIQUE DE ROYA CITOYENNE

REPORT DU PROCES DE CEDRIC HERROU

La Roya, le 23/11/2016

Le procès de Cédric HEROU, qui devait se tenir ce 23 novembre devant le tribunal correctionnel de Nice, a été reporté à l’audience du 4 janvier prochain à 13H30.

Cédric HEROU est poursuivi pour avoir secouru des migrants, hommes, femmes ou enfants, souvent affamés, désorientés, épuisés, dans la vallée de la Roya.

C’est pour assistance à personne en danger que Cédric HEROU se retrouve devant la justice, pour s’être substitué aux pouvoirs publics, dont le devoir est de porter assistance aux personnes en danger.

Alors que ceux-ci font mine de ne pas voir ou de ne pas vouloir voir, Cédric HEROU a pris ses responsabilités d’humanité.

Le 4 janvier prochain, devant le palais de justice de Nice, en nous rassemblant massivement dans le calme, la solidarité avec Cédric HEROU sera totale.

Signez et partagez la pétition : https://www.change.org/p/solidarit%C3%A9-avec-les-solidaires

Communiqué en téléchargement au format pdf : fichier pdf COMMUNIQUE 23.11.16 PROCES CEDRIC HERROU

Le procès du citoyen solidaire Pierre-Alain Manonni sera jugé en délibéré le 6 janvier. Le Procureur a requis 6 mois avec sursis… pour avoir secouru des personnes éminemment vulnérables….

Il devait comparaitre à partir de 13h30, il est passé entre 20 H et 21 H… Les soutiens ne se sont pas démobilisés !!!
Aux plus forts moments, on a pu compter près de 300 personnes.

La pétition mise en ligne sur change.org par la mère de Pierre-Alain a connu un succès exponentiel :

https://www.change.org/p/tous-avec-pierre-alain

 NICE PLACE PALAIS JUSTICE23.11.16

rassemblement de soutien à Pierre-Alain Manonni et Cédric Herrou, place du Palais de Justice à NICE

http://www.dailymotion.com/video/x536xt4_le-proces-de-l-agriculteur-passeur-de-migrants-renvoye-au-4-janvier-a-nice_news

PROCES DU 23/11/2016 - communiqué de Roya citoyenne - Soutiens  dans Medias : Articles presse Radios

Soutien et présence de l’Association Départementale des Elus Communistes et Républicains au palais
(JF Téaldi-Cagnes-Président ADECR 06, Sandrine Rousset-Contes, Michel Chevalier -St. Martin du Var, Adeline Mouton-La Trinité)

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COMMUNIQUE DE ROYA CITOYENNE : REPONSE A M. ESTROSI

Posté : 24 novembre, 2016 @ 2:09 dans Réfugiés - Migrants | Pas de commentaires »

fichier pdf COMMUNIQUE 23.11.16 REPONSE ESTROSI

COMMUNIQUE REPONSE DE ROYA CITOYENNE A M. ESTROSI

La Roya, le 23/11/2016

Monsieur Estrosi a déclaré publiquement que « l’aide à l’entrée et au séjour sur le territoire national de clandestins est insupportable ». Il réclame la plus grande sévérité à l’encontre des citoyens de la vallée de la Roya.

Monsieur Estrosi, peut-être égaré par la défaite de son mentor Nicolas Sarkozy aux primaires de la droite, dit à peu près n’importe quoi. 

Les citoyens de la Roya, qu’il désigne à la vindicte judiciaire, ne font preuve que de solidarité avec des populations qui errent sur nos routes, sans que nul n’ait besoin de les y faire «  passer ». Ils sont souvent affamés et épuisés, et les citoyens de la Roya ne font que porter assistance à personnes en danger.

Monsieur Estrosi réclame l’application de la Loi. Voilà qui nous réunit. 

Nous demandons en effet que les mineurs soient pris en charge par l’Etat comme la Loi l’y oblige, qu’un juge pour enfant soit désigné, et que les mineurs soient placés en foyer pour que soit assurée leur sécurité. 

Nous demandons que le Conseil départemental mette à disposition les moyens d’hébergement nécessaire à ces populations, le temps qu’elles puissent demander asile si tel est le cas, que leur dossier soit instruit, et qu’ils obtiennent une réponse.

Visiblement monsieur Estrosi parle sans connaître vraiment la réalité. Nous l’invitons comme nous l’avons déjà fait, mais sans succès, à un débat devant la population pour que les points de vue puissent démocratiquement se confronter, et que la raison puisse enfin l’emporter, hors de tout excès partisan et électoral.

Dans la vallée de la Roya, et plus particulièrement autour de Breil, la pression policière ne cesse de grandir : contrôles avec relevé écrit des identités, photo des plaques minéralogiques des véhicules proches des lieux de rassemblement, survol d’hélicoptère avec projecteur, barrages,  contrôles militarisés dans les trains. En résumé un état de siège nous est imposé. Voilà jusqu’à présent la réponse apportée par les pouvoirs publics à une crise humanitaire dramatique qui a déjà fait plusieurs victimes.

Article sur regards.fr « Des passeurs-citoyens poursuivis pour délit de solidarité »

Posté : 24 novembre, 2016 @ 1:16 dans Droits de l'homme - Société, Medias : Articles presse Radios, Réfugiés - Migrants | Pas de commentaires »

http://www.regards.fr/web/article/des-passeurs-citoyens-poursuivis-pour-delit-de-solidarite

Accueil > Résistances | Par Gildas Le Dem | 23 novembre 2016

Migrants : des « passeurs-citoyens » poursuivis pour délit de solidarité

Dans la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes), des « passeurs-citoyens » portent assistance aux réfugiés qui y transitent dans des conditions de plus en plus difficiles. Plusieurs d’entre eux comparaissent aujourd’hui devant le Tribunal de grande instance de Nice.

Pour les migrants, la situation s’est à nouveau violemment tendue dans la vallée de la Roya. La vallée des Alpes-Maritimes, située à proximité de la frontière franco-italienne, constitue désormais un axe privilégié de passage pour les réfugiés venus de Vintimille, plus au sud. Elle permet en effet de contourner la surveillance du dispositif policier franco-italien qui, de Vintimille et Menton à Nice, borde et contrôle tout le littoral méditerranéen. C’est ainsi que la vallée de Roya et ses hauts cols, qui permettent de déjouer la vigilance de la police des frontières, est devenue un lieu de passage obligé pour les migrants. À travers berges de rivières, routes et sentiers de montagne escarpés, souvent enneigés, les réfugiés – désormais le plus souvent des femmes ou des mineurs isolés – tentent de se frayer un chemin vers Nice ou Marseille pour, de là, migrer ailleurs en France et en Europe.

Déjà, cet été, l’État français avait fait donner les militaires de l’opération Sentinelle pour ratisser la région, patrouiller sur les chemins de montagne, parfois même perquisitionner les habitations des résidents qui hébergeaient les migrants en transit. Mais ceux-ci, qu’on appelle dans la vallée les « passeurs-citoyens », entrés en véritable désobéissance civile, endurent désormais des poursuites judiciaires. Un certain nombre d’entre eux doivent en effet comparaître le 23 novembre à 13 h devant le Tribunal de grande instance de Nice, au motif d’« avoir facilité l’entrée, la circulation et le séjour irrégulier » (selon l’article 622 du CESEDA, pouvant entraîner jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende).

Une révolte et des questions

Comme Cédric Herrou et Pierre-Alain Mannoni, tous font partie d’un groupe informel d’une centaine d’habitants de la vallée, révoltés du sort réservé aux migrants et rassemblés au sein de l’association Roya citoyenne. Agriculteurs, professeurs, retraités ou étudiants, ceux-ci contestent désormais ouvertement les actions de l’État français. La France, au titre de la convention de Genève relative au statut des réfugiés, est en effet tenue d’accueillir les mineurs étrangers isolés.

Mais ceux-ci posent aussi des questions plus larges. Comment imposer les nécessaires changements des politiques migratoires européennes ? Comment dénoncer les causes des migrations, notamment les interventions militaires des pays de l’Union européenne ? Comment permettre l’accès au droit des exilés ? En attendant, qu’ils convoient ou hébergent des migrants, ou qu’ils pratiquent encore des « maraudes », destinées à nourrir et soigner les migrants égarés sur les rivages de la Méditerranée ou les sentiers de la Roya, ces « passeurs-citoyens » continuent de soutenir les réfugiés, quitte à enfreindre la loi et s’exposer à ce qu’il faut bien appeler un délit de solidarité. Une pétition pour les soutenir, intitulée « Solidarité avec les solidaires », est en ligne

ARTICLE DE MEDIAPART 23/11/2016 « A la frontière italienne, ceux qui aident les réfugiés… »

Posté : 23 novembre, 2016 @ 7:30 dans Medias : Articles presse Radios, Non classé, Réfugiés - Migrants | Pas de commentaires »

Article en téléchargement au format pdf : fichier pdf article MEDIAPART

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Conférence de Jacques Cotta « La Roya et les migrants : Comprendre… » 19/11/2016 BREIL

Posté : 23 novembre, 2016 @ 7:05 dans Réfugiés - Migrants | Pas de commentaires »

http://la-sociale.viabloga.com/news/la-roya-et-les-migrants-conference-debat-du-19-novembre-2016

EXTRAITS

Le 19 novembre se tenait à Breil sur Roya une conférence débat que j’étais chargé d’animer par l’association « Roya Citoyenne ». Après des mois de solidarité active vis à vis des migrants, la question des responsabilités de l’Etat qui se défausse sur l’aide humanitaire est clairement posée. Les élus -députés, sénateurs, maires, conseillers départementaux étaient conviés. Plusieurs ont choisi de ne pas répondre à l’invitation. Il faudra donc si nécessaire faire le déplacement en mairie, au conseil départemental, ou en préfecture pour rappeler à leurs responsabilités les tenants du pouvoir…. Plusieurs des participants à cette conférence parmi une assistance trés nombreuse pour la vallée -plus de 200 présents, une salle comble, des participants jusqu’aux escaliers d’accès- m’ont par ailleurs demandé la transcription de mon introduction. C’est chose faite ci dessous.

Chers amis, nous avons discuté longuement dans le cadre de l’association « Roya Citoyenne » des questions politiques posées par l’afflux des migrants dans la vallée de la Roya. Nous avons décidé cette conférence et je vais, comme cela m’a été demandé, poser quelques questions incontournables, apporter mes réponses –ce sont les miennes et pas celles de l’association dans laquelle les points de vue peuvent être divers- et livrer tout cela à notre discussion collective. C’est donc des faits –la situation dans la Roya et à la frontière à Vintimille- tels que les ont rappelés en introduction Nathalie, Philippe et Soline, que je vous invite de partir.  

Nous sommes là pour tenter de Comprendre comment et pourquoi des centaines de migrants sont sur nos routes…

Certains diront « on s’en fout » ce qui compte c’est ce qu’on fait pour les aider. Moi je crois que pour faire efficace et ne pas se tromper de cible, il faut discuter et comprendre même si au départ cela semble un peu éloigné des préoccupations immédiates. Comprendre notamment la valeur des arguments mis en avant par les uns et les autres.

L’existence des migrants a mis à jour un fantastique mouvement de solidarité dans la vallée. Des dizaines et des dizaines d’habitants, de Vintimille à Tende, se donnent sans compter. Et pourtant nous savons que cela a des limites. La question des migrants trouvera une solution politique ou n’en trouvera pas. L’humanitaire a une longue histoire dans notre pays. Les restaus du cœur devaient durer un an. Nous en sommes à 25 ans d’existence avec des files d’attente de plus en plus fournies et un pouvoir, quelle que soit la majorité, qui déplore officiellement la pauvreté, qui encourage les restaus, et qui continue de mener une politique qui aggrave l’écart des richesses, augmente la détresse et développe la faim… Les restaus du cœur sont un bon exemple d’humanitaire institutionnalisé qui permet au pouvoir d’éviter ses responsabilités… Concernant les migrants, nous sommes en fait dans la même situation. Un pouvoir qui avec hypocrisie condamne d’un côté les marques de solidarité et qui de l’autre s’en sert comme d’une soupape de sécurité ! Bref, il laisse faire sauf lorsque c’est trop visible. Ce sont alors les gendarmes qui agissent.

Je voudrais donc aborder quelques points, même succinctement, sur lesquels nous pourrons toujours revenir dans la discussion.

1.    De quoi partons nous ? 

Le point de départ de notre assemblée, c’est donc l’action qui a été menée depuis des mois par des habitants de la vallée qui par solidarité se sont largement substitués aux pouvoirs publics, parce que les pouvoirs publics ont fait ceux qui ne voyaient rien ou qui ne voulaient pas voir. Pire, ils ont bénéficié des efforts bénévoles de la population. Le constat est cruel. De fait, la charité malgré elle renforce le mal –la démission des pouvoirs publics- qu’elle se propose de contrarier.

Les marques de solidarité bénévole n’ont pas manqué. Des dizaines dans la vallée se sont donnés. Figure emblématique que je ne présente pas, Cédric qui pour avoir recueilli, nourri et aidé des gosses en perdition s’est retrouvé en garde à vue et doit être jugé. En fait jugé pour aide à personne en danger. Un comble. Je passe mais j’y reviendrai. 

Si je pars de là, c’est uniquement parce que très minoritaires dès le départ, des opposants à cette activité bénévole ont fait courir les bruits les plus absurdes. Dernier en date, les « hébergeants » hébergeraient car ainsi ils gagneraient beaucoup d’argent. Argument aussi grossier qu’absurde. Sans commentaire ! 

Mais il y a eu plus. Nous l’évoquons dans le tract d’appel à cette conférence, parmi les élus que nous avons invités, une conseillère municipale de Breil, membre du Modem, conseillère régionale sur la liste de messieurs Estrosi et Ciotti, a sorti il y a quelques mois un communiqué dans lequel on peut lire :

« La vallée barbouillée… Fermer Fanghetto pour protéger les habitants… Un tas de trafics avec les migrants… Risque de laisser entrer des terroristes, des armes ou de la drogue… etc.»

Tous les arguments peuvent se discuter et cela calmement, de façon posée. Mais le point de départ ce sont les faits, les centaines qui déambulent, parfois affamés, blessés, épuisés. Je passe sur les amalgames, les attentats, les migrants, le danger, la peur entretenue…

Mais à madame Boetti-Forestier comme à ses amis et responsables, messieurs Ciotti et Estrosi, qui se gobergent des « racines chrétiennes » de l’Europe, qui ont la charité à la bouche et la bible à la main, je me permets de demander quelle idée ils se font du christianisme quand ils proposent simplement qu’on refoule les migrants « chez eux » alors que la plupart n’ont plus de « chez eux » depuis longtemps. Si un Palestinien basané nommé Jésus se présentait à la frontière, nul doute que ces bons paroissiens le renverraient « chez lui » pour aller se faire crucifier par les Romains… Il faut donc que des mécréants comme moi rappellent à ces gens ce qu’il y a de grand dans le christianisme et quels devoirs s’imposent à quiconque se prétend chrétien.

2.    Mon deuxième point portera sur les raisons de ces migrations.

Ils sont Soudanais, Afghans ou Érythréens. Les populations qui migrent du Soudan ou d’Afghanistan sont chassées de chez elles par la guerre et les massacres. Ils viennent en France et ailleurs dans l’espoir de trouver un eldorado illusoire plus au nord. Ils fuient les bombes, les nôtres en l’occurrence. Quant à l’Érythrée, c’est un immense camp de travail, qu’on appelle parfois la Corée du Nord- africaine.

Sommes-nous envahis par des hordes agressives et hostiles ? Seraient-ils là pour venir voler le pain de nos enfants et accessoirement le nôtre ? Vous m’avez compris, je vise là tous les discours qui nous parlent de migrants économiques avides de richesses au détriment de notre collectivité. Cela est doublement discutable.

D’abord la migration économique est bien une réalité. Elle est souvent le produit d’un pillage organisé des ressources naturelles et alimentaires des pays concernés par des impérialismes qui ne voient évidemment que richesses et profits.

Ensuite, Rebaptiser les Syriens « migrants économiques » comme on a pu l’entendre, c’est à l’évidence se moquer du monde. Ce pays est en proie à une guerre atroce, alimentée par les Occidentaux, les Saoudiens, les Russes, les Iraniens, les Turcs et le régime de Damas. Pris entre Daech, Bachar-el-Assad et les milices d’Al Qaida (celles qui, selon Fabius lorsqu’il était ministre des affaires étrangères de Hollande, faisaient du « bon boulot »), les réfugiés syriens n’ont aucun choix.

La Syrie s’inscrit dans une série de tragédies qui mettent à jour les responsabilités des gouvernements des USA depuis la première guerre du Golfe de 1991 (à laquelle Mitterrand et Jospin donnèrent leur bénédiction) jusqu’à la deuxième guerre du Golfe de 2003 (heureusement refusée par Chirac et Villepin).

Ces guerres dont les gouvernements occidentaux et atlantistes sont à l’origine ont détruit l’État irakien et produit le monstre Daech. La destruction des nations est synonyme de catastrophes. Ils ont détruit la Libye, destruction co-organisée par Obama-Clinton et Sarkozy. Je passe sur l’Afghanistan où le monstre Taliban a été enfanté, élevé, armé et entrainé par les services américains pour faire la peau aux russes. Cela devait bien se passer mais parfois le chien devenu fou se retourne contre son maitre !

Ces guerres se mènent au nom du combat contre le terrorisme alors que les pouvoirs successifs, Sarkozy hier, Hollande aujourd’hui, font ami-ami avec le Qatar ou l’Arabie Saoudite principaux bailleurs de fonds des groupes terroristes.

Les guerres, celles de nos gouvernants, sont une des causes premières des migrations. Les migrants sont ceux de nos gouvernements qui tous veulent se défausser, ni plus, ni moins.

3.    Mon troisième point concerne l’appréciation de ces migrations.

Restons sur le côté humain. Certains nous indiquent qu’il y aurait là une chance pour la vieille Europe. Non, ces flux migratoires sont une catastrophe.

Catastrophe d’abord pour les migrants eux-mêmes, chassés de chez eux. Ils n’ont pas demandé à errer sur nos routes. Ils y ont été jetés après avoir bravé la mer. La seule solution à terme est que ces femmes, ces enfants, ces hommes puissent vraiment retourner chez eux, c’est-à-dire que le pays redevienne vivable. Et ici la responsabilité majeure repose sur les grandes puissances, la prétendue « communauté internationale » qui se révèle une fois de plus comme un « caverne des brigands ». Ils organisent le chaos par la guerre et le pillage, et ensuite ils se lavent les mains des conséquences.

4.    Humainement toujours. Ce qui ressort de la situation c’est l’absence de racisme au sein des populations, l’absence d’hostilité aux migrants.

C’est vrai il y a eu ici ou là, porte de la Chapelle à Paris, ou encore à Calais, ou encore rue de Flandre à Paris toujours, des manifestations d’agacement soit dit en passant tout à fait compréhensibles. Je ne développe pas, mais vivre du jour au lendemain dans un campement organisé au pied de son immeuble, ce n’était ni prévu, ni souhaité.

Au fond, c’est la générosité qui domine.

En Italie par exemple… A Lampedusa ou on pouvait craindre, et certains d’ailleurs misaient là-dessus, des réactions de rejet au sein du peuple italien. Il n’en n’est rien. Le recueil chaque jour par les garde côtes d’embarcations de fortune en sont un autre exemple.

En Grèce, pays saigné par les politiques qui lui sont imposées par l’union européenne depuis plus de 6 ans, qui accueille, qui éduque en ouvrant des écoles, qui nourrit… Je vous renvoie aux papiers de mon amie et consœur, Effy Tselikas qui relate la rentrée des enfants venus du camp de réfugiés de Derveni, un mois après des petits Grecs… Elle raconte la façon dont là-bas aussi le premier réflexe des habitants peut être la crainte. Puis après discussion c’est la solidarité qui l’emporte. Un père de famille craignait ainsi pour la santé de son fils qui utiliserait les mêmes bancs que les petits migrants. Une heure plus tard, l’homme, boulanger de profession, proposait un gouter régulier aux gosses, à tous les gosses…

En Allemagne aussi avec l’accueil d’un million de migrants malgré les problèmes réels que cela a posé et continue de poser…

Et en France, ici par exemple… La vallée répond à son histoire, celle des immigrés italiens du début du siècle dernier, celle des harkis dans les années 60, celle du bassin méditerranéen, de ses mélanges toujours harmonieux dès lors qu’ils étaient organisés, toujours conflictuels dès lors qu’ils étaient anarchiques…

Les peuples des différents pays d’Europe ne sont pas de « sales blancs racistes » comme le clament quelques illuminés qui affirment ainsi une véritable haine de leur état ou de leur nation…

5.    Mon cinquième point porte sur les droits. Tous les migrants sont-ils en droit d’entrer et de s’installer sur le territoire national ? Au risque d’être ici impopulaire, je réponds non.

Dans le domaine qui nous occupe, la souveraineté nationale suppose que chaque nation ait le droit de décider qui elle accueille sur son territoire. Les règles de l’hospitalité consistent à traiter tout homme qui se présente à la frontière comme un humain et non comme un ennemi. Sans que cette hospitalité soit un droit pour l’immigrant.

Le droit international, tout imparfait qu’il soit, devrait permettre de traiter ces questions comme il convient. Et si on ne part pas de là, on accepte de fait dans le débat public l’inacceptable, c’est à dire l’inhumain. L’inhumain, c’est par exemple l’assujettissement aux accords de Dublin qui interdisent à tout migrant de demander l’asile dans un pays autre que le premier dont il a foulé le sol. Autant dire ici la Grèce ou l’Italie qui servent, sous le diktat des accords signés sous l’égide de Bruxelles et de l’Union Européenne, certains penseront que c’est chez moi une obsession, mais il ne s’agit que d’une réalité, sous l’égide de l’Union Européenne donc, des accords qui transforment la Grèce et l’Italie en lieu de détention pour les réfugiés et immigrés.

Ainsi existent des principes :

A/ Le droit de demander asile partout, dans le pays de son choix, et dans l’attente de l’instruction des dossiers qui permettra à l’état de décider souverainement, assurer des conditions d’accueil décentes.

B/ Ceux qui peuvent prétendre au statut de réfugiés politiques doivent en bénéficier.

C/ Mais la jurisprudence française permet également d’autoriser à devenir résidents français des étrangers qui, sans être personnellement persécutés pour leur activité politique, peuvent craindre pour leur vie s’ils retournent dans leur pays. Tous les ministres de l’intérieur jusqu’aux années 2000 – M. Pasqua inclus, cela parlera aux plus anciens d’entre nous – avaient donné des directives dans ce sens à l’administration.

D/ Quant à ceux qui ne peuvent satisfaire à ces critères, il est du devoir de la République de garantir leur vie en mettant sur pied des centres d’accueil, avec des logements « en dur », des sanitaires, l’intervention de médecins et la prise en charge des enfants, cela pour le temps nécessaire à l’étude de leur dossier.

E/ Les mineurs isolés doivent être mis sous la protection de l’Etat conformément au droit français.

F/ Le regroupement familial doit certes être contrôlé et lorsqu’il est avéré le droit au regroupement familial doit être exigé.

C’est dans ces directions que la bataille mérite d’être menée. En reconnaissant le droit, en reconnaissant la loi et en reconnaissant le pouvoir légitime de l’état de dire qui il accueille et qui il refuse sur les critères ci-dessus qui doivent être respectés.  Mais les êtres humains sont des êtres humains et doivent être traités comme tels.

Nous savons qu’il y a, comme dans toutes les migrations depuis que le monde humain existe, toutes sortes de personnages peu recommandables. Les migrants ne sont pas le nouveau prolétariat chargé de sauver le monde. La misère qui les frappe ne leur confère pas un brevet de pureté.  On y trouve aussi des délinquants, des trafiquants, et autres…. Ceux-ci doivent évidemment être traités comme tels. Sans faiblesse.

Enfin, qu’on ne vienne pas alléguer la crainte du terrorisme. Les terroristes des deux dernières années étaient le plus souvent de bons Français, bien de chez nous, qui n’ont nul besoin de se mêler à la cohorte des migrants pour accomplir leurs forfaits. L’amalgame, tel celui qui a été fait au lendemain de l’attentat du 14 juillet promenade des anglais à Nice, est odieux humainement, et exécrable politiquement. Il vise à tenter de nous dresser les uns contre les autres à des fins politiciennes minables.

6.    La place de l’état constitue mon sixième point.

Evidemment, la force de l’état doit s’imposer, sinon jamais les principes que j’ai énoncés précédemment ne seront respectés.  C’est à l’état et à nul autre de les faire respecter ! Lui seul d’ailleurs en a la capacité.

Cela pose la question épineuse des frontières. Contrairement à l’idée selon laquelle leur abandon réglerait la question migratoire, tout le monde pouvant aller partout selon son bon vouloir, il me semble que leur maintien est une garantie. La question n’est pas frontière ou pas, mais quelle politique nationale est mise en œuvre.

Un monde sans organisation devient une jungle, un enfer où la loi du plus fort s’impose au plus grand nombre. Cette vision est assez bien vue par les tenants du pouvoir financier pour lesquels en effet les frontières sont superflues, d’autant plus superflues qu’ils se livrent à la fraude fiscale ou tout autre exercice mafieux de dissimulation ou de pillage. Les frontières donnent le contour de la république comme organisation et le lieu d’application des principes qui y sont bafoués et qui doivent être respectés.

Une vision ultra libérale ne peut rencontrer que l’assentiment du patronat qui y voit l’opportunité d’une main d’œuvre gratuite ou presque, la possibilité d’une pression à la baisse des salaires et d’une remise en cause de nombreux acquis arrachés de longue lutte. Cette position à terme ne peut conduire qu’à la catastrophe. Pour les migrants bien sûr qui ne pourraient trouver aucune place sur le sol national. Mais plus largement pour la société toute entière, les seuls pouvant en tirer bénéfice étant l’extrême droite capable de jouer sur les peurs, les frustrations, les mécontentements liés notamment à l’installation de campements improvisés, et sur les injustices.

En niant les états et leur prérogative, notamment la gestion de leur souveraineté par la maitrise des frontières, il s’agit de priver de tout contrôle les frontières du Sud et de les laisser aux mains des forces armées privés et de celles des nombreuses ONGs, financées directement par les grandes puissances financières et spéculateurs.

L’un d’eux, l’investisseur devenu milliardaire en une nuit, Georges Soros, fondateur d’Open Society, lui qui est derrière de nombreuses ONGs, déclare, dans un article du Wall Street Journal, que les migrants seront son prochain objectif d’investissement, pour une somme de 500 millions de dollars.Ne rêvez pas, il ne s’agit pas de caritatif mais d’investissement avec retour attendu, sonnant et trébuchant. Dans un des documents officiels de cette même fondation, on peut lire : « la crise des réfugiés en Europe doit être acceptée comme la nouvelle réalité » et que « la crise doit être envisagée comme une nouvelle opportunité » pour la mission que la fondation de Soros a entreprise : influencer au niveau planétaire les politiques migratoires.

L’accueil de migrants est indissociable de questions qui concernent en réalité la société toute entière, la grande majorité de nos concitoyens. Indissociable des politiques mises en œuvre dans nos frontières. Pour accueillir, il faut pouvoir donner. La question qui mérite d’être posée est donc celle de la politique permettant d’apporter des solutions réalistes et durables.

Certains penseront que je m’égare. Mais pas du tout, nous sommes en plein dans le sujet.

L’accueil des migrants pose la question de l’emploi d’abord, donc la nécessité d’une politique de réindustrialisation, contrairement à ce que nous subissons depuis plusieurs dizaines d’années avec la destruction de centaines de milliers d’emplois industriels ordonnés par l’union européenne.

Des frontières utilisées à bon escient pour ce qui concerne les flux financiers, un protectionnisme ciblé, la défense de l’emploi.

Une opposition résolue au CETA et au TAFTA qui fait du commerce le but ultime de toute existence humaine.

Des services publics et des fonctionnaires rétablis dans leur mission, leur maintien, leur reconquête et leur développement, contrairement à la « concurrence libre et non faussée » et au combat acharnée de l’union européenne pour leur réduction et leur privatisation.

Un véritable plan pour le logement…

L’accueil des migrants peut être une opportunité en posant toutes ces urgences, pour les migrants mais plus généralement pour les millions et millions de nos compatriotes qui n’en peuvent plus, l’exigence d’un enseignement réhabilité, d’une école faite pour instruire, de la laïcité porteuse de paix et de liberté.

La reconquête de notre souveraineté, c’est à dire du droit de décider nous-mêmes, à travers nos propres institutions, de nos propres affaires, est la condition politique et démocratique de ces exigences sociales. 

Aider à résoudre la question des migrants passe par ces questions politiques. Les ignorer reviendrait à accepter une situation migratoire qu’on peut déplorer, qu’on peut vouloir combattre sur le terrain, mais qui s’imposerait de fait comme une fatalité.

Il est clair d’ailleurs que la classe dominante – qui n’accueillera pas un seul migrant dans ses hôtels particuliers et ses villas de luxe – voit d’un bon œil ces « flux migratoires ».

Le patronat allemand n’en avait pas fait mystère

Le PDG d’Airbus Industrie vient de déclarer qu’il faut assouplir le code du travail pour intégrer mieux les migrants !

Les effets sont dramatiques en dressant les ouvriers français contre plus malheureux qu’eux, c’est une bonne vieille stratégie, souvent utilisée pour remplir les poches des actionnaires.

7.    Dans mon 7ème point je voudrais aborder les limites de l’humanitaire et conclure sur les responsabilités.

Nous avons par exemple fait passer de l’autre côté de la frontière des migrants en perdition, « parce qu’ils le voulaient ». Mais est-ce une solution dès lors que la seule perspective que leur réserve la politique consensuelle mise à l’œuvre, c’est la rue de Flandres ou l’abandon contre les lois qui imposent pourtant assistance, aux mineurs notamment. Comme l’ennemi est souvent dans notre propre pays, en l’espèce c’est ici, dans notre département que les questions se posent.

Ce qui doit être dénoncé, c’est la politique des pouvoirs publics qui refusent de donner à ces problèmes les solutions juridiques et humanitaires qui conviennent et laissent pourrir la situation ouvrant la voie à toutes les exploitations politiciennes les plus malhonnêtes. Comme aucun État européen ne voudrait assumer le coût politique et moral d’une politique de répression tous azimuts, par exemple en renvoyant les migrants en Libye ou en les faisant périr en mer – je rappelle que le bombardement des bateaux de réfugiés a tout de même été envisagé- les gouvernements laissent les associations humanitaires et les hommes de volonté colmater les brèches, vider la mer avec une petite cuiller. Mais évidemment cela ne peut durer. Les meilleures volontés s’épuisent pendant que les craintes se propagent dans la population. Tout se passe comme si les gouvernements laissaient progressivement s’instaurer le chaos, dont les plus malins pourraient tirer le plus grand profit.

Les fauteurs de guerre sont responsables des flux migratoires. Les migrants deviennent objet d’un business odieux. Le crime organisé s’était spécialisé dans le trafic de drogues, le trafic de putes. Le voilà investi dans le trafic de migrants. L’hypocrisie est générale. Celle de nos gouvernements, celle de l’union européenne qui se dit préoccupée d’une part, et qui menace l’Italie pour non respect des déficits et dépense excessive pour les migrants dont elle a la charge.

Avant d’aborder l’action dans la discussion il y a les principes encore et toujours.

Principe n°1 : Les intérêts des travailleurs français et des migrants de passage sont identiques : l’emploi, le logement, le salaire, les services publics, l’éducation, la culture. Et la reconquête de notre souveraineté accaparée par Bruxelles et la commission européenne est une des conditions pour répondre aux intérêts du peuple.

Principe n°2 : Respecter la morale élémentaire qui devrait rejeter les accords iniques avec la Turquie qui pour se débarrasser des migrants donne un label d’honorabilité et de vertu démocratique au régime d’Ankara qui est en train de tourner à une dictature implacable.

Principe n°3 : Appliquer les lois de la république, appliquer le droit international auquel notre pays a souscrit et appliquer le droit naturel qui fait de chaque homme un membre de la « société du genre humain », cela ne doit pas être trop compliqué ! Pour le droit international, il s’agit par exemple de la convention internationale de Genève et des protocoles concomitants pour les réfugiés.

Enfin, principe n°4 : Que les pouvoirs publics prennent leurs responsabilités. Ce n’est plus au citoyen de s’y substituer. Les pouvoirs publics à tous les niveaux, la commune, le département, la préfecture, donc l’état !

Alors dans l’immédiat que faire :

Tous ces éléments légitiment à mon sens quelques initiatives ciblées.

Les migrants en perdition sur nos routes doivent trouver refuge. Certains les ramassent et dès lors tout commence. Qu’en faire ? Nous ne sommes pas et ne pouvons devenir des « passeurs » bénévoles à plein temps.

Dès lors dans la commune c’est vers la mairie qu’il faut les diriger.

Ce n’est pas contre le maire, mais avec lui, que nous devons en effet les conduire si besoin vers notre maison du peuple, vers la mairie.

« La mairie de Breil-sur-Roya ne peut pas tout » dit Monsieur le maire. Il a raison de le dire, mais cela amène deux remarques.

- pas tout, d’accord, mais un peu tout de même, qu’il faut définir, histoire de décharger ses concitoyens, cela devrait être possible.

- pas tout sans doute. Alors élargissons ensemble, les élus et nous, en allant vers les autres mairies de la vallée. Dans ces autres mairies, dirigeons aussi ces sans abris. Demandons avec nos élus une coordination des communes pour parer à l’urgence.

Les pouvoirs publics renvoient en Italie. Qu’ils respectent la loi. Engageons tous les recours juridiques pour que cela soit !

Et les communes ne peuvent pas tout. Alors avec les maires, les conseillers, dressons-nous face au conseil départemental, face à l’état pour exiger ce que la loi prévoit. Il ne saurait être acceptable qu’on demande à de simples citoyens de respecter la loi lorsque les élus qui l’ont votée s’en dispensent…

Enfin, montrons que l’unité d’un peuple qui débat, décide, et agit, est plus forte que toutes les technocraties pour imposer à terme une politique qui réponde à l’intérêt général. Cette assemblée est un premier pas. Il y aura surement d’autres initiatives dans les temps à venir. En cela, cet après-midi du 19 novembre peut être le point de départ d’un engagement politique sans faille et s’inscrire comme une date historique dans la vie de la vallée. Il ne tient qu’à nous !

Jacques Cotta

NICE MATIN du 20/11/16 « Les défenseurs des migrants dans la Roya passent à l’offensive » – CONFERENCES du 19/11/16 à NICE et à BREIL/ROYA

Posté : 23 novembre, 2016 @ 6:06 dans Medias : Articles presse Radios, Réfugiés - Migrants | Pas de commentaires »

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NM 20-11-2016 MIE conf Roya et Nice-page-001

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