ROYA CITOYENNE – Résistances en Roya

solidarité, renforcement du réseau social, réflexion sur des projets de société respectueux de l'humain et de la nature…

Archive pour la catégorie 'Soutien aux sans-papiers'

RENCONTRE PUBLIQUE CUNEO MERCREDI 1er FEVRIER 20h45 ROYA CITOYENNE

Posté : 30 janvier, 2017 @ 1:37 dans Citoyens solidaires, Réfugiés - Migrants, Réunion publique, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

Une rencontre publique avec des membres de l’association Roya citoyenne,
notamment Cédric Herrou et René Dahon, aura lieu MERCREDI 1er FEVRIER 20h45 à CUNEO.
Organisé par Costituente dei beni comuni et Orrizonti di pace.

cedric

MEDIAS San Remo News : Felix Croft au tribunal d’Imperia

Posté : 29 janvier, 2017 @ 12:56 dans Citoyens solidaires, Medias : Articles presse Radios, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

http://www.sanremonews.it/2017/01/26/mobile/leggi-notizia/argomenti/cronaca/articolo/porto-una-famiglia-di-nigeriani-in-francia-il-passeur-per-umanita-felix-croft-a-processo-al-tribu.html

CRONACA  GIOVEDÌ 26 GENNAIO 2017, 14:30

Portò una famiglia di nigeriani in Francia. Il passeur per umanità Felix Croft a processo al Tribunale di Imperia. Udienza rinviata al 16 febbraio

Croft, il cui caso ricorda quello di Cédric Herrou, contadino francese di 37 anni a processo a Nizza per cui la Procura transalpina ha chiesto una condanna a otto mesi con la condizionale e la messa in prova, venne fermato a bordo della propria station wagon nei pressi del confine con a bordo cinque cittadini nigeriani: marito, moglie e tre figli, nel tentativo di farli arrivare in Francia
MEDIAS San Remo News : Felix Croft au tribunal d'Imperia dans Citoyens solidaires J_998780e4c0

Passeur, ma non per soldi. Semplicemente per umanità. È il caso del ventottenne francese di Cagnes-sur-Mer Felix Croft a processo al Tribunale di Imperia dove questa mattina si sarebbe dovuta tenere un’udienza rinviata al 16 febbraio per l’assenza di due testimoni chiave dell’accusa sostenuta dal Procuratore Aggiunto Grazia Pradella: i due carabinieri che lo hanno arrestato al confine la scorsa estate.
Il giovane, difeso dall’avvocato Ersilia Ferrante, sin dal giorno della convalida del suo arresto, nel carcere di Imperia, (Leggi QUI) è stato sostenuto da decine di manifestanti cosiddetti “No Borders”, ma lo stesso ha detto di non far parte di nessuna organizzazione umanitaria, ma di farlo, piuttosto per umanità. 
Croft, il cui caso ricorda quello di Cédric Herrou, (leggi QUI) contadino francese di 37 anni a processo a Nizza per cui la Procura transalpina ha chiesto una condanna a otto mesi con la condizionale e la messa in prova, venne fermato a bordo della propria station wagon nei pressi del confine con a bordo cinque cittadini nigeriani: marito, moglie e tre figli, nel tentativo di farli arrivare in Francia. Al momento del fermo l’uomo ha subito ammesso di aver tentato di portare i cinque nel suo Paese, ma non per soldi, come purtroppo spesso accade.

Francesco Li Noce

 

COMMUNIQUE CNDH : Avis sur l’état d’urgence et sur les CAO et CAOMI

Posté : 29 janvier, 2017 @ 12:11 dans Communiqué officiel, Droits de l'homme - Société, Mineurs Isolés Etrangers, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

1.   La Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme a adopté le jeudi 26 janvier 2017 un  *Avis sur le suivi de l’état d’urgence et les mesures antiterroristes de la loi du 21 juillet 2016, qu’on peut consulter, ainsi que le communiqué de presse qui l’accompagne, sur le sitede la CNCDH :

http://www.cncdh.fr/fr/actualite/avis-sur-le-suivi-de-letat-durgence-et-les-mesures-anti-terroristes-de-la-loi-du-21

Avis sur le suivi de l’état d’urgence et les mesures anti-terroristes de la loi du 21 juillet 2016

Etat d’urgence : l’Etat de droit et les droits de l’homme en péril. Ayons le courage politique d’en sortir !

C’est pour expliciter davantage les dangers de la poursuite de ce régime de crise que la CNCDH s’exprime à nouveau sur le sujet, alors que le pays s’apprête à connaître l’état d’urgence le plus long de son histoire et que, pour la première fois, des élections de premier plan9 se tiendront pendant que l’exécutif bénéficie de ces pouvoirs de crise. Elle entend, chemin faisant, poser des jalons pour une refonte du dispositif de l’état d’urgence, tant le régime actuel confère à l’administration un pouvoir qui confine à l’arbitraire, incompatible avec les exigences, même adaptées en période de crise, de l’Etat de droit. Elle le fera d’abord en exposant les évolutions que ce régime a connues, au fil des textes adoptés et des décisions juridictionnelles rendues durant la période, relativement à sa portée et au contenu des mesures qu’il autorise (I). Elle le fera ensuite en confrontant les résultats attribués par les autorités à l’état d’urgence aux conséquences qu’il emporte du point de vue des droits fondamentaux et des conditions du vivre ensemble (II). Enfin, elle analysera les effets d’escalade symétrique qui caractérisent les rapports entre le droit de l’état d’urgence et le droit antiterroriste (III), en étudiant le contenu des mesures prises au titre de lutte contre le terrorisme dans le domaine pénitentiaire par la loi du 21 juillet 2016.

Il fait suite à une déclaration titrée* « Contre un état d’urgence permanent » *adoptée par la CNCDH le 15 décembre 2016. Il présente un argumentaire fort détaillé sur les dangers, pour le respect des droits fondamentaux,  des renouvellements succesifs de l’état d’urgence, malgré les preuves de son inefficacité au regard de la protection des citoyens qu’il entend assurer. En voici la conclusion :

Face à la dégradation qu’elle observe du point de vue du respect des droits fondamentaux en France, la CNCDH appelle une nouvelle fois les pouvoirs publics à la raison, et à lever sans délais l’état d’urgence. Elle observe que le remaniement permanent de la législation antiterroriste ces dernières années a abouti à rendre le droit applicable illisible et gravement attentatoire aux principes des droits de l’homme. La remise à plat complète de ce corpus juridique s’impose aujourd’hui au nom de l’Etat de droit. A la veille d’un rendez-vous démocratique essentiel pour la vie de la nation, la Commission invite l’ensemble des responsables politiques à concourir, au travers des décisions qu’ils s’engagent à prendre mais également par la manière dont ils contribuent à façonner le débat public, à la sortie de notre société de l’impasse dans laquelle l’a conduite la logique d’exception.

Sa publication a été accompagnée  d’une interview (ci-attachée) donnée au journal Libération, ce même 26 janvier, par la présidente de la CNCDH, Christine Lazerges*, *titrée : *L’état d’urgence crée du rejet et, in fine, des discriminations*

Le 2. Ce même 26 janvier, la CNCDH a aussi une *Déclaration sur la situation des mineurs isolés placés en CAOMI, **à l’issue du démantèlement des bidonvilles de Calais**, *qu’on peut consulter sur le site de la CNCDH :
http://www.cncdh.fr/fr/actualite/declaration-sur-la-situation-des-mineurs-isoles-places-en-caomi-lissue-du-demantelement

Après avoir analysé la situation déplorable qui est celles de nombre de ces jeunes étrangers dirigés vers les Centres d’Accueil et d’Oriention pour Mineurs Isolés, la CNCDH conclut :
La CNCDH fait donc part de son extrême préoccupation à l’égard des retards pris pour l’évaluation sociale des MIE et renouvelle son appel aux autorités locales à intégrer les MIE au plus vite dans le dispositif de droit commun de la protection de l’enfance et à mobiliser les moyens médico-sociaux, éducatifs et juridiques nécessaires à la protection effective des droits fondamentaux des mineurs isolés.

La CNCDH s’inquiète plus généralement de la pérennisation de dispositifs spéciaux (CAO et CAOMI), dérogatoires au droit commun, mis en place pour répondre à des situations humanitaires désastreuses consécutives aux carences des pouvoirs publics nationaux et locaux, aussi bien au Royaume-Uni qu’en France, sans
omettre les carences de l’Union européenne, dans la gestion de la crise migratoire.

 3. Enfin la CNCDH a aussi adopté le 26 janvier un avis titré *Le droit de vote pour toutes les personnes handicapées. Un gage de démocratie et d’une société inclusive, *qu’on peut consulter sur le site de la CNCDH :
http://www.cncdh.fr/fr/publications/le-droit-de-vote-pour-toutes-les-personnes-handicapees-un-gage-de-democratie-et-dune

MEDIAS « Arrêt sur images » : « Migrants/Evasion fiscale : Cédric Herrou et Jon Palais »

Posté : 28 janvier, 2017 @ 11:59 dans Medias : Articles presse Radios, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

http://www.arretsurimages.net/emissions/2017-01-27/Migrants-Evasion-fiscale-On-utilise-les-medias-comme-porte-voix-id9499

arrêt sur images, émission du 27/01/2017 par la rédaction

MIGRANTS/EVASION FISCALE : « ON UTILISE LES MÉDIAS COMME PORTE-VOIX »

Notre émission avec Cédric Herrou et Jon Palais

 

Mettre en images attrayantes et ludiques la lutte contre l’évasion fiscale n’était pas une chose a priori évidente, et pourtant le pari a été tenu avec des accessoires rudimentaires : quelques chaises. Fournir des images à l’impératif moral d’un accueil humain des migrants est a priori plus facile, sauf que cela risque de vous amener devant les tribunaux. Qu’en pensent les deux auteurs de ces deux images de la désobéissance civile ? Réponse avec Jon Palais, militant de l’association basque Bizi ! et faucheur de chaises, et Cédric Herrou, agriculteur qui aide les migrants dans la vallée de la Roya.

Extrait de l’émission:

 

Coulisses de l’émission, par Anne-Sophie Jacques

Trois. Deux. Un. A six heures ce matin, il ne restait qu’un seul invité sur notre plateau du jour. A l’aube, un message de Cédric Herrou m’informait qu’il n’avait pu prendre le train de Breil-sur-Roya, son village, pour se rendre à Nice où l’attendait un TGV pour Paris. L’agriculteur qui vient en aide aux migrants dans cette « vallée rebelle » – selon Libération – n’a pas vu le train passer. Panne de réveil ou cheminot zélé ? Pas question d’épiloguer : il a fallu trouver un plan B. Herrou a mis la main sur un ordinateur avec webcam et Skype chez une amie. Après deux ou trois tests, le « héros populaire » – selon le New York Times s’il vous plaît – pouvait être parmi nous et discuter avec notre deuxième invité, Jon Palais.

Si vous avez lu notre reportage à Dax lors de son procès du 9 janvier pour vol de chaises dans une agence de la banque BNP, vous connaissez déjà Palais et ses actions contre l’évasion fiscale. Et si vous le découvrez, oui oui, ce jeune homme et les militants de Bizi !, d’Attac, des Amis de la Terre ou encore d’Action non-violente COP21 s’emparent de chaises dans les banques pour mobiliser les citoyens à lutter contre ce fléau qui prive le budget des Etats européens de 1 000 milliards d’euros par an et semble peu préoccuper nos gouvernements. D’ailleurs, hormis Benoît Hamon qui a brièvement mis le sujet sur le tapis lors des débats à la primaire d’une partie de la gauche, on ne peut pas dire que l’évasion fiscale ait séduit les autres candidats à ladite primaire.

Pourquoi une chaise ? D’abord pour le geste, nous explique Palais : les banques nous prennent quelque chose, 

Communiqué 27/1/2017 Syndicat de la Magistrature : Lettre ouverte au Procureur de Nice

Posté : 28 janvier, 2017 @ 2:40 dans Communiqué officiel, Droits de l'homme - Société, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

http://www.syndicat-magistrature.org/Solidarite-dans-la-vallee-de-la.html

Solidarité dans la vallée de la Roya :
notre courrier interpellant le procureur de la
République de Nice

Lettre ouverte adressée par le Syndicat de la magistrature au Procureur de Nice
à la suite des poursuites engagées contre des citoyens solidaires
de la vallée de la Roya

Communiqués de presse, publié le 27 janvier 2017, mis à jour le 27 janvier 2017

Monsieur le procureur de la République,

Le ressort du tribunal de Nice voit arriver par la frontière italienne des hommes, des femmes et des enfants fuyant leurs pays en guerre ou en crise grave. Ils sont, comme en témoignent les membres de Médecins du Monde présents sur place, particulièrement vulnérables, exposés à de sérieux dangers, leur état de santé étant extrêmement préoccupant. A défaut de dispositif d’accueil organisé par l’Etat, des citoyens leur portent assistance par humanité.

Ils sont protégés par la loi : l’article L. 622-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile écarte la possibilité de poursuites pour aide au séjour irrégulier en accordant l’immunité aux aidants cherchant à « assurer des conditions de vie dignes et décentes » ou « à préserver la dignité ou l’intégrité physique » des étrangers en situation irrégulière, dès lors qu’ils n’ont reçu aucune contrepartie directe ou indirecte.

Pourtant, plusieurs d’entre eux ont été traduits devant le tribunal correctionnel de Nice.

Les poursuites dirigées contre Pierre-Alain Manonni et Cédric Herrou ont connu un retentissement très fort, encore accru à l’annonce des conditions dans lesquelles Cédric Herrou a, en fin de semaine dernière, été placé en garde à vue et son domicile fait l’objet d’une perquisition, dans des conditions évoquant les moyens déployés en matière de grand banditisme.

Dans le même temps, un appel était formé contre la relaxe de Pierre-Alain Manonni prononcée par le tribunal correctionnel de Nice le 6 janvier dernier dans une démarche qui relève plus de l’acharnement que de l’exercice habituel des voies de recours par une partie au procès.

Les arguments invoqués dans ces affaires en témoignent : ainsi, Pierre-Alain Manonni devait être condamné parce que l’aide qu’il avait apportée relevait de « l’aide organisée » et non du secours correspondant à un péril imminent ? Et parce qu’il a aidé les migrants dans le contexte d’ « actes militants revendiqués », Cédric Herrou ne pouvait bénéficier de la protection de l’article L. 622.4 du CESEDA ?

Là où la loi ne distingue pas, il n’y a pas lieu de distinguer. Le tribunal l’a clairement énoncé, appliquant l’immunité légale à Pierre Alain Manonni.

Plus que d’une interprétation erronée des textes, nous nous alarmons de ce que ces choix puissent être dictés par la volonté de sacrifier aux impératifs de ceux pour qui une notion dévoyée de l’ordre public commande la répression de ces manifestations de solidarité.

Le ministère public, à Nice comme ailleurs, tient de la Constitution son rôle de gardien de la liberté individuelle, mission essentielle dans un Etat de droit. Il a également la charge de la protection des enfants isolés, en danger sur le territoire.

Certains citoyens leur offrent le refuge que les services de l’Etat et du département se refusent à leur accorder, ils sont la cible d’actions policières et judiciaires. Au même moment des enfants sont tous les jours reconduits à la frontière italienne en violation des textes français et internationaux, sans réaction de ces mêmes autorités.

L’autorité judiciaire, qui protège les personnes vulnérables, ne peut, sans nuire à sa mission, pourchasser celles et ceux qui, sensibles à la détresse d’autrui, leurs apportent leur aide.

Compte tenu du retentissement de ces affaires, vous comprendrez que ce courrier soit rendu public.

Veuillez agréer, Monsieur le procureur de la République, l’expression de ma considération distinguée.

Clarisse Taron
Présidente du Syndicat de la magistrature

Bondy blog : « Mamadou se reconstruit doucement dans la vallée de la Roya »

Posté : 27 janvier, 2017 @ 2:16 dans Medias : Articles presse Radios, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

http://www.bondyblog.fr/201701240800/esclave-et-torture-en-libye-mamadou-se-reconstruit-doucement-dans-la-vallee-de-la-roya/#.WIqOP1PhDIW

Esclave et torturé en Libye, Mamadou, réfugié soudanais, se reconstruit doucement dans la vallée de la Roya

C’EST CHAUD MARDI 24 JANVIER 2017

PAR VICTOIRE CHEVREUL

Bondy blog :

Digne, résilient et optimiste, Mamadou panse ses plaies après avoir passé huit mois en Libye où il a connu l’esclavage. A 27 ans, il est le protégé de Françoise Cotta, ténor du barreau de Paris, qui l’accueille chez elle depuis un an à Breil, village de la vallée de la Roya, là-même où l’agriculteur Cédric Herrou a une nouvelle fois été arrêté pour aide aux migrants. Rencontre.

C’est un samedi soir comme les autres fin novembre. Françoise Cotta vient d’accueillir chez elle deux Guinéens. Ils sont éreintés et viennent de franchir la frontière franco-italienne. Mamadou les cherche, Françoise les a installés dans une chambre à l’étage. “Je vais leur monter quelque chose à manger”. Françoise a beau lui dire qu’ils n’ont pas faim, il insiste. On ne sait jamais, ils pourraient être gênés et ne pas oser accepter. Une voisine nous glisse à l’oreille : “Souvent il leur fait visiter les lieux, et les installe dans les chambres”. Dans son entourage récent, tous s’accordent à vanter la générosité du Soudanais. On le dit “toujours prêt à aider”, et malgré des moments de tristesse, il arbore “en permanence un sourire chaleureux”.

La maison de Françoise Cotta est nichée au cœur de la vallée de la Roya, près de la frontière italienne. Depuis 15 mois, Mamadou y est devenu le maitre de maison. Arrivé chez la ténor du barreau en octobre 2015, il a quitté le Soudan pour venir poursuivre ses études en France. Au Darfour, avant que la guerre civile ne déchire le Soudan, il étudiait les sciences politiques. En France, même si avec la demande d’asile, tout n’est pas facile, il découvre un havre de paix où il peut apprivoiser son quotidien. Loin des violences qu’il a subies à plusieurs reprises en Libye.

“Ils nous ont dit qu’on allait devoir creuser pour eux 

Mamadou chez Françoise Cotta, Breil le 26/10/2016

Mamadou chez Françoise Cotta à Breil-sur-Roya en octobre 2016.

Gêné de raconter son calvaire devant “Mama Françoise” comme il aime l’appeler, Mamadou s’installe dans le patio avec Khalifa, un autre accueilli. Il s’émerveille au quotidien de son nouveau cadre de vie. “Tout est vert ici, la nature est partout, c’est mieux qu’à Paris : c’est paisible”. Doucement, il commence à parler, tirant machinalement sur sa cigarette. “Les problèmes ont commencé quand on est arrivé dans le désert libyen”. Avec ses compagnons de galère, Mamadou a croisé “plein de milices différentes, elles avaient en général trois ou quatre voitures et des armes lourdes ou des lance-roquettes”. A chaque fois qu’il rencontre des groupes armés, raconte-t-il, le même sentiment d’impuissance le paralyse. Les premiers miliciens sur sa route forcent le groupe de “voyageurs” à travailler pour eux. “Ils nous ont dit qu’on allait devoir creuser, qu’ils voulaient trouver de l’or, on a beaucoup creusé”. Jamais les migrants ne touchent leur paye, elle est donnée à une seconde milice. C’est à partir de cet épisode que son enfer commence et qu’il est confronté à l’esclavage pendant plusieurs mois. Les miliciens séparent les femmes et les hommes de son groupe. Alors que les hommes croupissent un mois en prison, “pendant ce temps-là, les femmes étaient enfermées dans une maison et violées par les soldats”. Mamadou a les larmes aux yeux quand il évoque le sort des femmes et des enfants. Il dit avoir réussi à survivre face aux hommes armés en parlant, plaisantant et en restant calme. L’humour l’a déjà sauvé, du moins un rire grinçant. Un jour, des soldats ont menacé de le tuer lors d’un contrôle. “Devant l’absurdité de la situation, cette manière complètement irrationnelle de choisir qui vit et qui meurt, j’ai eu un fou rire. Les soldats m’ont demandé pourquoi je riais, je leur ai expliqué. Je m’en suis sorti comme ça. Une autre fois, j’ai chanté et dansé !“, se souvient-il.

“Si vous voulez me tuer, d’accord mais pas devant les bébés !”

Le rire est souvent proche des larmes dans le parcours de Mamadou. “La seule chose qui me mettait hors de moi, c’était lorsque les miliciens se conduisaient de manière violente devant les femmes et les enfants”. “Si vous voulez me tuer, d’accord mais pas devant les bébés’ !’, s’est-il surpris à dire à un homme armé qui menaçait de l’exécuter. Quelques temps esclave d’un Libyen qui le forçait à peindre sa maison sans le payer, le jeune homme cherchait encore à protéger les enfants. Il voulait que je peigne une pièce, mais il n’y avait plus de peinture. Il m’a dit peint là sinon je te tue ! Je vais te tuer ! Il y avait une femme et un enfant aussi dans la maison, j’ai renvoyé le bambin vers sa mère, au cas où ça dégénère. Puis, j’ai mélangé de la farine et de l’eau et j’ai peint la pièce”. Le bourreau de Mamadou, dans un rapport complètement schizophrène avec le jeune, n’hésite pas, aussi vite qu’il menace de le tuer, à le féliciter chaleureusement pour son travail.

Le Soudanais a enchainé plusieurs “patron/propriétaires” qui l’ont forcé à travailler. Plusieurs fois, Mamadou se retrouve à cheval entre la vie et la mort pour tenter de récupérer son salaire. Il en réchappe à chaque fois, sans son argent. “Un des miliciens m’a dit : ‘oublie ton argent et pars par là”. Le piège du travail clandestin pour payer sa traversée vers la France s’est souvent transformé en esclavage. “J’ai passé huit mois à peu près en Libye, mais je dis souvent six, car j’ai oublié certaines périodes”. Quand il côtoie la mort, Mamadou se souvient du nouveau-né de sa sœur, toujours au pays. “Quand je pense à mon neveu je me dis que je dois vivre, qu’il faut qu’il soit fier de moi !”. Il raconte peu d’éléments de sa vie d’esclave, mais chaque souvenir lui coûte. A plusieurs reprises, il a besoin d’aller souffler avant de continuer son témoignage. Son ange-gardien, Françoise, peut-être consciente de son effort, vient apporter des châtaignes grillées pour réchauffer son protégé. Une apparition bienveillante qui lui redonne de la force pour reprendre la discussion. Fini le temps des abus et des coups, à la Roya, Mamadou est protégé.

Résilience et spiritualité

Mamadou n’est pas amer de son vécu. Quand nous lui demandons ce qui lui a permis de garder espoir et d’avoir la force de traverser ces mois des violences, il ferme les yeux et cherche ses mots. “Quand j’ai été enfermé en prison en Libye, j’ai puisé beaucoup de force en pensant à des choses légères et lumineuses. Je fermais les yeux et me focalisais sur la lumière à l’intérieur. Ça recouvre tous les soucis même quand quelqu’un me frappais”.

Mamadou Chez Françoise Cotta, Breil le 28 /10/2016

Mamadou chez Françoise Cotta à Breil-sur-Roya en octobre 2016

La spiritualité tient une place clef dans le processus de reconstruction de Mamadou après les traumatismes. Lui-même le souligne quand il parle de la beauté de la maison de Françoise à la Roya. “Je suis animiste, je crois en la nature et ses éléments. J’ai besoin de vivre dans cet environnement”. Depuis qu’il est arrivé chez “Mama Françoise”, le jeune homme renoue avec la vie. Les nouvelles rencontres, il les accueille comme de nouveaux espoirs. Il redécouvre le goût du bonheur. “Une fois dans un village à côté, lors d’une fête, une très belle fille Pauline a dansé avec moi. J’ai été très heureux à ce moment-là”. Mamadou commence à faire des projets. “Je vais commencer des cours de français à Nice en février”. Dans sa longue marche pour revivre, Mamadou mène un véritable combat contre son passé douloureux qui a tendance à ressurgir. Il est sujet à des flashs, des éléments traumatiques qui lui reviennent en mémoire. Il n’utilise pas ces termes, il dit qu’il “se souvient“. Le bruit des tirs d’armes automatiques résonne encore dans sa tête, mais ces échos douloureux “ne décideront pas ma vie” répète-t-il. Pour évacuer la peine, il n’a pas honte de le dire : “Parfois je pleure quand les souvenirs remontent. Je m’isole dans un coin et alors je pleure toutes les larmes de mon corps. Ça m’apaise un peu”. A la Roya, Mamadou s’est reconstitué une famille. “En venant ici, j’ai trouvé des gens avec lesquels j’adore vivre, de belles personnes. De temps en temps, j’aime bien cuisiner pour Khalifa, sa famille, les enfants et Mama Françoise !”. Si, depuis cet entretien, Khalifa et les siens sont partis de la Roya, d’autres migrants sont arrivés et tiennent compagnie au jeune Soudanais.

Victoire CHEVREUL

Crédit photo : Laurent CARRE

Le 21 janvier, lors d’une perquisition chez Cédric Herrou, Laurent Carré, photographe indépendant en reportage pour “Libération” et auteur des photos pour ce reportage du Bondy Blog a été mis à terre par des gendarmes et empêché de faire son travail. La réaction du Bondy Blog lui fait part de son soutien et condamne ces pratique

 

MIGREUROP : « L’Union européenne ne peut pas abolir les hivers : elle doit mettre fin à la politique criminelle des hotspots! »

Posté : 26 janvier, 2017 @ 7:23 dans Communiqué officiel, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

Migreurop

L’Union européenne ne peut pas abolir les hivers :

elle doit mettre fin à la politique criminelle des hotspots !

À partir de quel moment la non assistance à personne en danger devient-elle un crime ? Quel nombre de morts permet de qualifier un crime contre l’humanité ? Ces questions se posent depuis longtemps à propos des milliers de personnes décédées en Méditerranée faute de voies légales d’accès à l’Union européenne (UE). Aujourd’hui, la situation de plus en plus grave de milliers d’exilé·es, pris au piège par des températures glaciales dans les camps grecs et sur les « routes des Balkans », met très directement en cause les choix de l’UE en matière de « gestion des flux migratoires ».

Au printemps dernier, pour ne pas accueillir les centaines de milliers de réfugié·es qui fuyaient les conflits syriens, irakiens ou d’autres régions en crise, les fonctionnaires de la Commission et les membres du Conseil européen ont mis en œuvre une « solution hotspot » qui n’a manifestement pas intégré les variable météorologiques : l’hiver, les températures baissent et le froid sévit, y compris sur les îles de la mer Egée désertées par les touristes. Seuls des camps de toile ont été prévus pour des exilé·es « stockés » dans l’attente de l’organisation des retours forcés, considérés par les fonctionnaires et les dirigeants européens comme la meilleure solution pour régler la « crise migratoire ».

Car la Commission européenne et les États membres n’ont jamais cru à la « relocalisation », dispositif censé « soulager » les pays de première ligne (Grèce et Italie) et permettre aux hotspots de ne pas devenir des lieux durables de relégation « d’indésirables ». De fait, alors que l’objectif annoncé est le transfert de 63 000 personnes depuis la Grèce vers d’autres pays de l’UE avant le mois de septembre 2017, moins de 8 000 ont, à ce jour, pu bénéficier de ce dispositif.

Ainsi, environ 15 000 personnes sont actuellement prisonnières des hotspots des îles grecques, battues par le vent et la neige ; des milliers d’autres sont bloquées, dans une urgence humanitaire et un froid extrêmes, sur les « routes des Balkans » fermées par les membres de l’UE et leurs alliés. Or, les personnes enfermées dans les hotspots sont placées sous l’autorité directe d’agences et de fonctionnaires européens qui doivent veiller à ce que ces lieux ne se transforment pas en mouroirs. Faire remonter la température n’est pas de leur ressort ; supprimer les hivers n’est pas à l’agenda de l’UE. En revanche, la fermeture des hotspots ainsi que l’organisation d’un accès au séjour et d’un accueil durables relèvent du pouvoir des responsables européens. C’est à l’aune des camps de toile disparaissant sous la neige que leur politique criminelle sera jugée.

25 janvier 2017

Vous pouvez retrouver ce communiqué sur le site
www.migreurop.org

Envoi par le Groupe d’information et de soutien des immigré·e·s
www.gisti.org
du Gisti" alt="Page Facebook du Gisti" src="https://mail.google.com/mail/u/0/?ui=2&ik=b696ed3005&view=fimg&th=159d816df2b8d802&attid=0.1&disp=emb&realattid=ff886e9e69faf091_0.0.1.1&attbid=ANGjdJ8j9ZsejKIVvUXuoH5-B1Z7Ov91W7lqxy0R8jVyhfdVCPGujXQl3EndeKptn6YbsR6ataM70xPZ9Om585VMXf6fImsNFFKpe5GnKUz_tcUAc57bbKgnmduzjLQ&sz=w64-h64&ats=1485439761687&rm=159d816df2b8d802&zw&atsh=1" width="32" height="32" border="0" /> Gisti" alt="Page Twitter du Gisti" src="https://mail.google.com/mail/u/0/?ui=2&ik=b696ed3005&view=fimg&th=159d816df2b8d802&attid=0.2&disp=emb&realattid=ff886e9e69faf091_0.0.1.2&attbid=ANGjdJ_GkcwUHfjl2WmgSHarNVEqkWNzvq4mYfmZgza6MRuMOvJ7IxWFnQKk-rAHxO-PukHiJ29YHEUrfWgbkOC-uxzzfFHWnpHnOFmdlhjQmIAqpYBLFNONNN4oW74&sz=w64-h64&ats=1485439761687&rm=159d816df2b8d802&zw&atsh=1" width="32" height="32" border="0" /> Sur le Web :
www.gisti.org/spip.php?article5619

 

SITE et MANIFESTE DELINQUANTS SOLIDAIRES

Posté : 26 janvier, 2017 @ 7:21 dans Citoyens solidaires, Mobilisation, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

http://delinquantssolidaires.gandi.ws/

Collectif des délinquants solidaires

« La Marseillaise » 14-15/1/2017 Entretien avec Valentin Porte : Urgent de mettre en place une politique d’accueil efficace

Posté : 23 janvier, 2017 @ 12:46 dans Medias : Articles presse Radios, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | 1 commentaire »

Article à télécharger au format pdf : fichier pdf LaMarseillaise_14_01_p11

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Médias : Cédric Herrou, garde à vue et libération – « Libération » 20/1/2017, France 3, et al.

Posté : 22 janvier, 2017 @ 8:05 dans Medias : Articles presse Radios, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

http://www.liberation.fr/france/2017/01/20/perquisition-musclee-chez-cedric-herrou-l-homme-qui-aide-les-migrants_1542821

http://www.liberation.fr/france/2017/01/20/la-roya-perquisition-chez-cedric-herrou_1543039

Par Adèle Sifaut — 20 janvier 2017 à 11:13
L’intervention musclée des gendarmes au domicile de Cédric Herrou, le 19 janvier. Laurent Carre

Une vingtaine de gendarmes, armés, casqués, se sont rendus dans la ferme de cet agriculteur de la vallée de la Roya, qui apporte son aide aux migrants qui franchissent la frontière franco-italienne.

  •  Perquisition musclée chez Cédric Herrou, l’homme qui aide les migrants

Chez Cédric Herrou, on commence à avoir l’habitude des perquisitions. Alors, quand ce militant qui aide les migrants à entrer, circuler et séjourner en France est interpellé pour la troisième fois mercredi soir, ses proches attendent patiemment les gendarmes dans sa maison. Jeudi, c’est depuis le jardin, autour d’un plat de pâtes et d’œufs durs, qu’ils ont vu déferler une vingtaine d’agents casqués, armés et les nerfs à vif. Des gendarmes venus perquisitionner l’habitation, le terrain et les véhicules de la figure emblématique de l’aide aux migrants de la vallée de la Roya, à une cinquantaine de kilomètres de Nice.

A 16h30 dans cette maison de Breil (Alpes-Maritimes), Marie s’est isolée avec Nasser derrière un rideau. Cette infirmière de Médecins du Monde soigne une plaie à la malléole et s’occupe du mal de gorge de ce jeune Soudanais. Dehors, Morgan (le frère de Cédric) Lucile et Émile (deux militants) et deux mineurs étrangers patientent. Ils débarrassent la table.

A lire aussi Migrants : la vallée qui fait de la désobéissanceAide aux migrants : le procès d’un geste d’humanité

Dans le même temps en contrebas, deux fourgons et cinq voitures des forces de l’ordre se garent au pied de la propriété. Venus pour une perquisition, les gendarmes grimpent en colonne et en petite foulées sur le terrain de Cédric Herrou. Quinze d’entre eux sont casqués, visières baissées, gilets pare-balles et armes à portée de main. En quelques minutes, ils écartent le photographe de Libération à l’aide d’une clef de bras (puis le mettront à terre un quart d’heure plus tard) et passent entre le tracteur, les poules et les ruches. Ils se déploient rapidement sous les oliviers avant d’encercler la maison. «Tout à coup, plusieurs hommes sont entrés et se sont mis à hurler tellement fort que je ne comprenais pas ce qu’ils disaient», raconte l’infirmière. Elle tire le rideau. «Je me suis retrouvée en face de quatre gendarmes, je n’ai vu que l’arme qu’ils pointaient. Autant de monde dans une si petite pièce, c’était proche de l’absurde.» La bénévole de Médecins du monde tente de rassurer Nasser, le jeune Soudanais s’étant mis à pleurer. «Ce qui m’a le plus traumatisée, c’est le sentiment éprouvé par ces enfants. Il y a là une maltraitance morale qui dépasse les limites. On était tous saisis, choqués et sans parole.»

Morgan et Lucile sont menottés. Émile reste à l’extérieur. A la demande des gendarmes, il s’occupe du chien noir de Cédric Herrou. «C’était complètement démesuré. Ils ont déboulé en gueulant et en nous tutoyant, raconte-t-il. J’ai rarement été témoin d’une telle violence. Elle n’était pas réellement physique mais elle était palpable dans l’atmosphère, dans le climat ambiant.» En moins de trente minutes, les gendarmes font le tour de la propriété. Lucile, Morgan et les trois mineurs embarquent dans les voitures des gendarmes. «Ces deux proches de Cédric Herrou ont été placées en garde à vue», confirme le procureur de la République de Nice. Quant aux moyens déployés : «C’est une affaire humainement hors-norme», répond-il.

La garde à vue de Cédric Herrou est prolongée de 24 heures. Non présent lors de la perquisition du domicile, son conseil Me Zia Oloumi juge ces mesures «disproportionnées» : «On a quasiment affaire à une brigade antiterroriste», dit-il. Cédric Herrou a été interpellé pour des faits qualifiés d’aide à l’entrée et au séjour.

Adèle Sifaut

http://www.liberation.fr/france/2017/01/21/la-roya-un-photographe-de-libe-malmene_1543020

RETOUR SUR

La Roya : un photographe de «Libé» malmené

Par LIBERATION — 21 janvier 2017 à 10:37
L’intervention musclée des gendarmes au domicile de Cédric Herrou, le 19 janvier. Photo Laurent Carré

Lors d’une perquisition chez Cédric Herrou, un photographe travaillant pour «Libération» a été mis à terre par les gendarmes et empêché de faire son travail.

Médias : Cédric Herrou, garde à vue et libération -

  •  La Roya : un photographe de «Libé» malmené

Jeudi soir, alors qu’il était en reportage pour Libération dans la vallée de la Royachez Cédric Herrou, cet agriculteur récemment jugé pour avoir aidé des migrants à entrer en France, un photographe a été non seulement empêché de faire son travail, mais il a été par ailleurs malmené et même mis à terre par des gendarmes durant l’intervention, alors qu’il s’était clairement identifié auprès des forces de l’ordre. De telles pratiques sont inacceptables et la direction de Libération les condamne vivement. Nous avons demandé à Laurent Carré de nous livrer son témoignage sur ce qu’il s’est passé.

«Breil-sur-Roya, jeudi après-midi. Je profite du redoux au soleil sur une terrasse de la propriété de Cédric Herrou pour me faire détailler les circonstances de son interpellation la nuit précédente. Autour d’un plat de pâtes à la sauce tomate, Morgan, Lucille, Emile et Marie une infirmière venue apporter des soins à un jeune soudanais.

On plaisante sur les paroles de Cédric entendues quelques jours plus tôt, à l’occasion d’une réunion sur les suites à envisager pour faire face à tous ces jeunes candidats à une vie meilleure qui se trouvent hébergés chez des habitants de la vallée. «Bon, si ça continue, on va tous finir en prison. Il y a une audience de prévue en janvier, en février, en mars, en avril. Il n’y a rien en mai. Qui prend mai ?», avançait-il alors. Ce souvenir déclenche le rire général de la vingtaine de personnes présentes. Sauf Cédric lui-même qui est en garde à vue à ce moment-là.

A l’horizon, sur les reliefs nous faisant face, nous distinguons deux silhouettes marchant d’un pas lent. Je dis à Emile : «Tu vois ces gens, là-bas ?» «Des randonneurs», me répond-il. Des marcheurs un jeudi en fin d’après-midi… «Des randonneurs ou les RG ?», j’ose plaisanter. Emile avance : «Je m’attends à une arrivée des bleus d’un instant à l’autre.»

Je regarde mon portable. Un texto m’informe qu’un barrage de police est installé à l’ancienne douane. Je pars faire des images. En bas du sentier menant à la propriété, sept véhicules de gendarmerie, dont deux camionnettes, stoppent à cet instant. Quinze gendarmes se rassemblent au signal du chef de groupe. Ils sont casqués, avec visière, gilet tactique multipoches, tonfa, lacrymo et pince-monseigneur. Une dizaine d’autres gendarmes en uniforme et en civil se préparent également avec sacoche, mallette et dossier sous le bras.

La chef d’escadron de Sospel passe près de moi. Je tente d’engager la conversation au cas où un élément me manquerait. «C’est pas un peu disproportionné ?» Pas de réponse. Pour moi, plus haut, il n’y a qu’une infirmière, une jeune fille, deux gars en train de débarrasser la table et une poignée de (très) jeunes migrants. Pas d’ennemi public numéro 1, rien ne demandant un dispositif digne de la lutte contre le grand banditisme.

Les hommes se mettent en colonne en petite foulée. Deux gendarmes en civil équipés de brassards fluo s’adressent à moi : «Vous êtes obligé de prendre des photos ?» J’essaye une réponse générique : «Je fais mon travail Monsieur.» Nous poursuivons l’ascension vers le repaire des «malfaiteurs». Les hommes en noir se dispersent autour du poulailler, des ruches et des oliviers. Un chien aboie quand une voix venue de plus haut sonne la fin de ma progression : «Le journaliste, tu le fais redescendre !»

Ça doit être pour moi ça. Un gendarme vient à ma rencontre et me saisit le bras. J’essaye de faire des images, contestant tranquillement, quand un second m’attrape le bras gauche. Une subtile torsion arrière assez désagréable du bras plus tard, je me retrouve en bas sur ces sentiers escarpés.

Mes deux cerbères me relâchent près du bas de la piste : «Voilà vous restez là, vous n’allez pas plus haut.» Je lui fais observer que je me trouve sur une propriété privée et que j’y ai été invité. «Nous, c’est pareil, mais on s’invite», me répond-il. Je prends mon mal en patience attendant que la troupe redescende.

«La cheffe d’escadron arrive, elle va répondre à vos questions», fait-on savoir. Au travers des branches, je distingue Morgan précédé d’un gendarme en civil, puis Lucille suivie d’autres gendarmes.

Un gendarme me signifie vertement qu’il faut descendre maintenant. Je lui fais remarquer que j’attends sa patronne. Je fais des images des prévenus quand soudain j’entends : «Non, non, pas de photos», hurle le gendarme en civil. Je proteste et déclenche. Subitement le gendarme casqué me fiche au sol. Je déclenche de nouveau et un second casque entre dans mon champ de vision. Les bras associés saisissent ma main et mon boîtier. Ses doigts parcourent les touches de mon appareil photo.

Puis aussi soudainement que la tornade est arrivée sur moi, elle disparaît. Je me relève. Je rejoins les individus menottés sur la route nationale au trafic coupé pour l’occasion. Le gendarme en civil : «Je suis de Grenoble et on travaille souvent avec la presse et tout se passe bien», me dit-il, s’excusant à demi-mot pour l’attitude de ses collègues.

Les véhicules des deux prévenus sont perquisitionnés. «C’est perturbant que vous soyez là.» Je m’en excuse et lui assure que je ne cherche pas à interférer dans son travail. Au loin, je vois trois jeunes migrants, le visage grave, attendre qu’on leur ouvre la porte des véhicules les amenant vers un centre d’aide social à l’enfance. En remontant vers la maison, je croise l’infirmière les larmes aux yeux visiblement choquée. Elle me dit que les gendarmes sont entrés dans la maison en vociférant l’arme au poing.»

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http://france3-regions.francetvinfo.fr/cote-d-azur/alpes-maritimes/menton/aide-aux-migrants-perquisition-musclee-cedric-herrou-son-frere-autre-militante-arretes-1179013.html

http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/cedric-herrou-l-agriculteur-poursuivi-pour-aide-aux-migrants-sort-libre-de-sa-garde-a-vue_2028354.html

http://www.bfmtv.com/societe/ma-liberte-ne-s-arretera-pas-aux-barreaux-de-vos-prison-la-lettre-de-cedric-herrou-au-procureur-de-nice-1086810.html

http://www.marianne.net/cedric-herrou-agriculteur-qui-aide-les-migrants-je-resterai-fidele-mes-convictions-100249395.html

http://www.20minutes.fr/nice/2000207-20170122-aide-migrants-aucune-poursuite-retenue-contre-militant-cedric-herrou

 

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