ROYA CITOYENNE – Résistances en Roya

solidarité, renforcement du réseau social, réflexion sur des projets de société respectueux de l'humain et de la nature…

Archive pour la catégorie 'Soutien aux sans-papiers'

MEDIAPART : « Aide aux migrants : Cédric Herrou à nouveau interpellé, des journalistes entravés »

Posté : 22 janvier, 2017 @ 6:02 dans Medias : Articles presse Radios, Mineurs Isolés Etrangers, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

https://www.mediapart.fr/journal/france/210117/aide-aux-migrants-cedric-herrou-nouveau-interpelle-des-journalistes-entraves

Aide aux migrants : Cédric Herrou à nouveau interpellé,

des journalistes entravés

21 janvier 2017 Par Louise Fessard

Dans la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes), les autorités accroissent la pression. Trois militants, dont l’agriculteur Cédric Herrou déjà poursuivi pour aide au séjour irrégulier, ont été placés en garde à vue, puis relâchés le 20 janvier. Une journaliste a également été placée en garde à vue, et un photographe mis à terre par des gendarmes, pour l’empêcher de documenter une perquisition chez l’agriculteur. 

ugé le 4 janvier 2016 pour aide à l’entrée, à la circulation et au séjour d’étrangers en situation irrégulière, l’agriculteur Cédric Herrou, 37 ans, avait revendiqué « une action politique ». Le procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre avait requis huit mois avec sursis contre cette figure emblématique du combat des habitants de la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes). Depuis le rétablissement des contrôles à la frontière franco-italienne en novembre 2016 à la suite des attentats de Paris, cette vallée est devenue un point de passage obligé pour les migrants souhaitant rejoindre la France. Toutes les nuits, de petits groupes partent de Vintimille par les voies de chemin de fer, les sentiers ou la départementale. La décision du tribunal sera connue le 10 février.  

En attendant, l’agriculteur de Breil-sur-Roya a été de nouveau interpellé le 19 janvier 2017 par des militaires d’une patrouille Sentinelle vers 1 heure du matin, sur un chemin près de Sospel. Placé en garde à vue dans les locaux de la brigade de recherche de la gendarmerie de Menton, Cédric Herrou a été libéré le 20 janvier au soir. Toutefois, a prévenu le procureur de Nice, l’enquête en flagrance « se poursuit malgré tout, notamment avec l’exploitation de la téléphonie ». Une enquête de ce type peut durer huit jours.

Message publié le 21 janvier par Cédric Herrou sur Facebook après sa sortie de garde à vue. Message publié le 21 janvier par Cédric Herrou sur Facebook après sa sortie de garde à vue.

Qu’est-il reproché à Cédric Herrou, qui en est à sa troisième interpellation ? Dans Nice Matin, le procureur de Nice a commenté en direct sa garde à vue : « Il était caché dans des buissons au moment de son interpellation. Il était en compagnie de plusieurs Érythréens en situation irrégulière. Il est en garde à vue pour, a minima, aide à la circulation d’étrangers en situation irrégulière. La compagnie de gendarmerie de Menton est chargée de l’enquête. L’audition de M. Herrou est en cours. » Dans Libération, le procureur précise : « Il tentait de faire passer, par des chemins détournés, le contrôle à trois personnes d’origine érythréenne. »

La version de Cédric Herrou, joint ce samedi, diffère sensiblement : « Mercredi soir, trois jeunes Érythréens et un Tchadien [tous quatre majeurs – ndlr] sont partis de chez moi vers 20 h 30, un peu avant le dernier train pour Nice. Ça m’a stressé de ne pas avoir de nouvelles. Avec Morgan [son frère ndlr] et Lucille [une bénévole – ndlr], nous avons essayé de longer les voies ferrées. Nous étions deux voitures et avons été contrôlés au point de passage autorisé à l’entrée de Sospel. Dans l’autre voiture, celle de mon frère, il y avait plusieurs sacs à dos. Un gendarme a dit à mon frère : “Profite de ta dernière bière.” Ce sont eux qui ont alerté les militaires sur les “agissements de la famille Herrou”. À Sospel, nous nous sommes arrêtés pour boire une bière. Hassan, le jeune Tchadien, a fini par rallumer son téléphone : “Je suis perdu, je suis sous un pont.” Nous avons compris, lors de la garde à vue, qu’ils avaient dû être bloqués par des travaux sur les voies. Je suis parti à pied sur la voie ferrée, je les ai trouvés et nous avons attendu près du cimetière de Sospel. Nous avons entendu du bruit, je me suis éloigné, j’ai vu les militaires interpeller les trois Érythréens puis ils m’ont chopé aussi. Ils nous auraient repérés avec des jumelles nocturnes. Je n’étais pas caché, je n’avais pas de voiture contrairement à ce que le procureur a affirmé. J’étais assis dans l’herbe et je regardais, car ça fait peur une dizaine de militaires qui courent avec leur arme. Hassan a été arrêté plus tard par la police aux frontières. »

Son avocat Zia Oloumi s’interroge sur les conditions de son interpellation par des militaires de la mission Sentinelle, ainsi que sur l’« intention véritable » de la perquisition de son domicile le 19 janvier. « Est-on dans du grand banditisme, de l’antiterrorisme ? Il y a une volonté d’impressionner avec un déploiement de force comme dans les cités. » Une trentaine de gendarmes « casqués, avec visière, gilet tactique multipoches, tonfa, lacrymo et pince-monseigneur », ont débarqué jeudi après-midi sur le terrain de l’agriculteur, selon le récit de Laurent Carré, photographe à Libération qui était présent. Laurent Carré a voulu photographier l’intervention et en a été physiquement empêché. D’abord par une clef de bras, puis par un plaquage au sol.

« “Le journaliste, tu le fais redescendre !” Ça doit être pour moi ça, relate-t-il dans Libération. Un gendarme vient à ma rencontre et me saisit le bras. J’essaye de faire des images, contestant tranquillement, quand un second m’attrape le bras gauche. Une subtile torsion arrière assez désagréable du bras plus tard, je me retrouve en bas sur ces sentiers escarpés. Mes deux cerbères me relâchent près du bas de la piste : “Voilà vous restez là, vous n’allez pas plus haut.” »

Entre-temps, les gendarmes interpellent Lucille, 25 ans, et Morgan, 31 ans, qui venaient de finir de déjeuner avec le photographe, ainsi que trois mineurs soudanais et tchadiens de 16 à 17 ans, Nasser, Moussa et Ali. Le photographe les voit redescendre. « Je fais des images des prévenus quand soudain j’entends : “Non, non, pas de photos”, hurle le gendarme en civil. Je proteste et déclenche. Subitement le gendarme casqué me fiche au sol. Je déclenche de nouveau et un second casque entre dans mon champ de vision. Les bras associés saisissent ma main et mon boîtier. Ses doigts parcourent les touches de mon appareil photo. »

Émile, un bénévole de 31 ans, était également présent : « Les gendarmes ont débarqué d’en haut et d’en bas en file indienne et cerné la maison en criant. Ils ont failli flinguer le chien. Ils ont ouvert les caravanes des trois mineurs en les braquant comme si c’était des terroristes. Ils sont rentrés, arme à feu à la main, dans la maison où une infirmière soignait un mineur. C’était complètement démesuré. Direct, ils ont tutoyé Lucille et Morgan. C’était très condescendant. »

Placée en garde à vue par la brigade de recherche de la gendarmerie de Menton comme le frère de Cédric Herrou, Lucille a exercé son droit au silence. « Les gendarmes m’ont arrêtée, car ils m’avaient vue dans la voiture avec Cédric mercredi soir, nous explique-t-elle. Ils trouvaient suspect que j’ai tant de sacs avec des vêtements dans le coffre et que Morgan ait beaucoup de sacs à dos. Ils m’ont demandé ce que je faisais à Sospel ce mercredi soir, de décrire ma journée, quel était mon parcours, pourquoi j’étais venue dans la vallée. »

« Un acharnement dangereux »

Quant aux trois mineurs non accompagnés, également interpellés par les gendarmes, ils étaient de retour chez Cédric Herrou ce samedi matin après avoir marché toute la nuit sur les voies ferrées venant d’Italie. L’agriculteur ne décolère pas. « Nous avions fait une requête de prise en charge éducative auprès du parquet de Nice et de l’aide sociale à l’enfance [ASE, gérée par le conseil départemental – ndlr] le 16 décembre 2016, dit Cédric Herrou. Et les gendarmes, au lieu de les prendre en charge, les ont renvoyés en Italie ! »

Selon la loi française, tout mineur non accompagné doit être pris en charge par la police et placé dans un foyer par l’aide sociale à l’enfance du département concerné. Mais la préfecture des Alpes-Maritimes prétexte du rétablissement des contrôles aux frontières pour leur refuser cette protection. L’argutie est la suivante : lorsque les mineurs sont contrôlés sur un des treize points de passage autorisés (PPA) des Alpes-Maritimes, comme la gare de Menton-Garavan ou celle de Sospel, ces étrangers sont considérés comme “non entrés” en France et donc “non admis”. Cédric Herrou estime qu’une quarantaine de mineurs étrangers non accompagnés sont actuellement bloqués dans la vallée, le parquet des mineurs de Nice et le département se renvoyant la balle.

Émile est lui aussi particulièrement choqué du traitement de ces adolescents ayant fui leur pays. « Nous nous attendions à une perquisition, comme à chaque fois que Cédric part en garde à vue. Nous leur avions dit : “Vous avez des droits, vous ne risquez rien, ne partez pas en courant.” Ces adolescents sont arrivés il y a deux mois épuisés, muets, ils commençaient à aller mieux, à rire, à se remettre à parler, et ils se font mettre en joue par des gendarmes surarmés qui les embarquent… C’est tout le travail de deux mois qui est mis en l’air ! »

Le 19 janvier, vers trois heures du matin, une journaliste du mensuel L’Âge de faire a également été interpellée un peu après Sospel alors qu’elle accompagnait sur la voie ferrée six adolescents érythréens pour un reportage. « Une quinzaine de militaires, de gendarmes et de policiers de la PAF embusqués dans chacune des voies nous sont tombés dessus un peu après un tunnel », décrit Lisa Giachino, jointe par téléphone. La journaliste a passé dix heures en garde à vue à la PAF de Menton, avant d’être libérée sans poursuite. « Elle n’était pas en possession d’une carte de presse, a justifié le procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre dans Libération. Elle a été placée en garde à vue pour faire la démonstration qu’elle réalisait bien un reportage, et non une aide aux migrants. »

Directrice de la publication du mensuel, Lisa Giachino ne dispose en effet pas de carte de presse, mais là n’est pas la question, d’autant que la carte de presse ne fait pas le journaliste. « À aucun moment les gendarmes et policiers ne me l’ont demandée, dit-elle. Et les policiers et gendarmes n’ont jamais mis en doute le fait que j’étais journaliste. » À sa libération pour « infraction incaractérisée », les policiers ont toutefois laissé planer la menace : « Attention, si on vous reprend avec des migrants, on peut rouvrir l’enquête et vous poursuivre. » « Je leur ai répondu que je faisais mon travail et que je reviendrais sans doute en reportage sur les migrants, relate Lisa Giachino. Ils m’ont dit que quand on fait un reportage en vallée de la Roya, il faut une autorisation en préfecture ! »

À la gare de Menton après sa sortie de garde à vue vers 13 heures, la journaliste a vu la police placer dans un train vers l’Italie les six adolescents érythréens, dont au moins quatre mineurs, interpellés en même temps qu’elle. « Ils avaient été enregistrés comme mineurs à la police aux frontières et certains avaient fait une demande de prise en charge par l’ASE, remarque Lisa Giachino. Nous avons été arrêtés sur le sol français, pas sur un PPA, donc ces mineurs auraient dû être pris en charge.»

Dans un communiqué, l’association Roya citoyenne a dénoncé un « acharnement dangereux » du préfet des Alpes-Maritimes. C’est l’impression que donnent les autorités départementales, dont l’action répressive n’est pas forcément suivie par les juges du siège. Le tribunal correctionnel de Nice a ainsi relaxé, le 6 janvier 2017, un enseignant-chercheur qui avait convoyé des Érythréennes. Le procureur de la République de Nice a fait appel. Le même jour, quatre militants étaient interpellés et placés en garde à vue près de Sospel, accusés d’avoir aidé des migrants à contourner un contrôle de police. Poursuivis pour aide au séjour et à la circulation d’étrangers, ils sont convoqués le 16 mai 2017 devant le tribunal correctionnel de Nice.

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« Exode ou Migration ? » / Médecins du Monde, sur le blog de MEDIAPART

Posté : 22 janvier, 2017 @ 5:54 dans Communiqué officiel, Medias : Articles presse Radios, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

https://blogs.mediapart.fr/medecins-du-monde/blog/200117/exode-ou-migration

Exode ou migration?

En 2016, la chancelière Merkel prend le risque d’accueillir des migrants et des réfugiés avec l’appui du patronat. Pour une Allemagne dynamique, elle a besoin de main d’œuvre plus ou moins qualifiée. Puis est venu un vote anti-solidaire. Devant ce constat allemand, en France, nos femmes et hommes politiques se taisent ou jouent la surenchère de la peur. Encore et encore. Par Thierry Brigaud, ancien Président de Médecins du Monde et Françoise Sivignon, Présidente de Médecins du Monde.

Migration j’écris ton tom

Sur les pages de nos médias : désespoir.

Sur les murs du Ministère de l’intérieur : appel d’air et âge osseux.

 Dans les mots de nos politiques : utiliser la peur pour gagner des voix

En Méditerranée : construis-moi un cimentière.

Dans les mots des associations solidaires : défaites, victimes.

En 2016, la chancelière Merkel prend le risque d’accueillir des migrants et des réfugiés avec l’appui du patronat. Pour une Allemagne dynamique, elle a besoin de main d’œuvre plus ou moins qualifiée. Puis est venu un vote anti-solidaire. Devant ce constat allemand, en France, nos femmes et hommes politiques se taisent ou jouent  la surenchère de la peur.  Encore et encore.

Pourtant la vague migratoire va continuer. Syrie, Irak, Yémen… Et ce chaos pourrait être contagieux. Il pourrait demain aussi bien toucher le Liban ou encore la Jordanie. En Erythrée, les Nations unies ont abandonné tout un peuple aux mains d’une dictature hors d’âge. C’est toute une jeunesse qui fuit ce pays dans un silence assourdissant. Dans le reste de l’Afrique, les inégalités sociales continuent à se creuser, de vieux despotes s’accrochent au pouvoir et toute une partie de la population désespère. Il est alors normal que les plus vaillants tentent leur chance ailleurs.

L’été dernier, les scènes d’exode ont marqué nos esprits. Des milliers de personnes ont traversé l’Europe et nous avons vu surgir de nouveaux agitateurs de frontières. Mais les femmes et hommes fourmis que sont les migrants avancent envers et contre tout. En juin 1940, ce sont des français, des belges qui fuyaient la guerre, avons-nous perdu la mémoire ?

Il y a un fait social, un fait humain, celui de la migration. Les femmes et les hommes en bonne santé, quand leur propre vie est sans avenir, quand ils ne sont pas enfermés,  bougent  pour vivre autre part. Ils ont la liberté de décider de cette aventure vers un ailleurs. Les juger, les enfermer, vouloir les refouler n’a pas de sens,  n’est pas possible et inhumain. Ce sont des mouvements de population qui traversent nos temps médiatiques. Calais est venu nous le rappeler et nous invite à dilater notre solidarité sur des temps longs.

Tous les satrapes qui nient la réalité sont dans une pure idéologie déconnectée d’une humanité en dynamique de survie.  Nier la migration est mortifère. En France, une bonne partie de notre élite politique est incapable, quand elle est au pouvoir, d’affronter la réalité. Là encore, la situation a été emblématique à  Calais. Il faut conserver des lieux d’accueil et de protection dans le Calaisis et revoir avec l’Angleterre les accords du Touquet sinon l’étranglement calaisien perdurera. Alors abandonnons ces idéologues hors d’usage, ils nous font perdre trop de temps. La gestion des humains qui migrent est une affaire trop sérieuse pour être confiée uniquement au ministère de l’Intérieur. Il  faut ré enchanter notre solidarité, oser et créer des conditions de vie dignes pour ces humains en partance, en errance ou à la recherche d’un port d’amarrage.

En partance.  Les camps pour les réfugiés restent le plus souvent des lieux enfermants et inhumains. Les humanitaires doivent faire des progrès pour urbaniser et humaniser ces lieux de vie. Il n’y a pas de raison de continuer d’en faire des allées de dortoir en toile de tente. Les architectes, les urbanistes peuvent nous aider : inventer des places, des lieux de rencontres, des lieux de cultes, des archipels de vie et des îles de solitude au milieu… Des humains vivent depuis 5 ans dans des camps en Jordanie, ils ont leur mot à dire pour imaginer leurs espaces de survie, pour dessiner ces intermédiaires entre deux départs.

En errance. Les routes migratoires ont été abandonnées aux passeurs et aux mafias. Nous serions tous des délinquants si nous aidions ces personnes sur leur parcours migratoire. Alors désobéissons et aidons-les.  Les sauver de la noyade en Méditerranée est un premier geste, mettre des refuges sur les lieux de « pérégrinations » un deuxième. Les associations médicales humanitaires doivent trouver des modèles pour accompagner leur santé. Leur offrir des protections individuelles pourrait être aussi un début. Par exemple en leur fournissant un système de géolocalisation géré par le migrant lui-même. Géolocalisation qui permettrait de le retrouver, d’identifier les lieux d’enfermement plus ou moins légaux (pour mémoire enfermer un mineur qualifié de sans-papiers est un acte illégal contraire au droit international de l’enfant). Un système de radio pourrait permettre des échanges, des partages d’informations, de donner des nouvelles et des rendez-vous… un système d’empowerment à travers les ondes.

Faut-il inventer dans le droit international un nouveau statut aux migrants « sans frontiériste et  apatride »  qui leur donnerait des droits et des devoirs intégrant celui à la santé là où le migrant est de passage ? L’Europe pourrait être novatrice en inventant une Aide Médicale Européenne.

A la recherche d’un port d’amarrage. Être sans-papier, c’est-à-dire sans identité, c’est ne plus pouvoir bouger au risque à nouveau de tout perdre. Être sans-papier, c’est être dans la main des passeurs, des marchands de sommeil. Être sans-papier, c’est être dans le travail « au black » pour l’éternité. Il faut du temps pour trouver son point d’ancrage, parfois toute une vie. Et puis les liaisons humaines se font et se défont dans ce melting-pot migratoire. Alors trouvons des modalités d’accueil non enfermantes.

Un visa  Schengen avec entrées multiples permettrait à ceux qui le veulent de retourner au pays, pour garder des liens avec leur terre d’origine. Une construction de passerelles entre ici et là-bas, passerelles culturelles, économiques pour mieux affronter demain l’emploi dans nos territoires mondialisés.

Nos villes et nos campagnes pourraient prévoir des lieux d’accueil temporaires et modulables qui donneraient droit à des prestations sociales pour les plus pauvres. Il faut imaginer des lieux de soins pérennes qui prennent en charge en particulier la santé mentale, des lieux de soins intégrés dans le droit commun.

Il faut protéger tous les mineurs, quelque soit leur statut administratif, avec après 18 ans un accompagnement pour les personnes isolées et fragiles quand elles le demandent. L’Ecole de la République doit avoir des moyens renforcés pour accompagner les nouveaux arrivants, leur apprendre la langue du pays d’accueil et les orienter vers leur avenir professionnel.

La migration est une chance à saisir pour les pays d’accueil, elle est porteuse de nouvelles énergies, de nouvelles rencontres, des nouveaux patrimoines humains à croiser !

Dr Thierry Brigaud, ancien Président de Médecins du Monde

Dr Françoise Sivignon, Présidente de Médecins du Monde

COMMUNIQUE DE PRESSE DE ROYA CITOYENNE au 20/1/2017

Posté : 20 janvier, 2017 @ 2:10 dans Communiqué officiel, Mobilisation, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

Cédric Herrou encore en garde à vue !
Nombreuses autres arrestations et perquisitions musclées. Un acharnement dangereux.

Le Préfet, représentant du Gouvernement, est totalement responsable des tensions actuelles.

Laissant libre l’accès à la vallée de la Roya, ces responsables politiques ont décidé de déplacer les contrôles aux frontières  et d’enclaver ainsi complètement la vallée de la Roya (sommes nous encore Français ?) en déployant des forces de l’ordre (gendarmerie, police, armée) dans toute la vallée et à Sospel, inspectant tous les trains, les coffres des voitures, demandant même à certains où ils vont !

Des moyens considérables sont mis en œuvre pour traquer les réfugiés et les citoyens solidaires.

Notre état de droit et nos valeurs républicaines sont en train de céder la place à l’arbitraire. Dans nos vallées, ce n’est plus l’état d’urgence, c’est l’état de siège!

Plutôt que d’utiliser cet argent à notre soi-disant sécurité, ne serait-il pas plus utile de prendre en charge réellement  les réfugiés ?  En effet, les terroristes pourront toujours passer et, sauf erreur de notre part, ce n’étaient pas des Noirs qui ont organisé les derniers attentats. Pourtant les contrôles sont faits au faciès. Nous ne pouvons compter sur la Grèce, l’Italie et la Turquie ( !)  pour retenir , et dans quelles conditions, les réfugiés  et ainsi nous préserver de notre devoir d’accueil. La France n’est plus la patrie des droits de l’Homme, elle devrait être fière de le redevenir  en appliquant ces mots  de Liberté , Égalité, Fraternité, trop souvent oubliés.

Nous attendons des responsables politiques (Gouvernement, Région et Département):

1°) que soit mis un terme au délit de solidarité pour les citoyens bénévoles qui se substituent aux carences de l’État en portant assistance à des personnes en danger.

2°) que l’État prenne ses responsabilités en ouvrant un centre d’accueil dans le Département des Alpes Maritimes où les migrants bloqués en Italie et qui souhaitent demander l’asile en France ou simplement traverser notre pays  puissent faire valoir leurs droits conformément aux conventions internationales.

3°) que le Conseil Départemental, au travers de l’Aide Sociale à l’Enfance, et conformément à la loi, prenne en charge les mineurs bloqués en territoire français dans la vallée de la Roya.

Roya citoyenne, le 20/1/2017

Journal de la mairie de SAORGE : « Problème humanitaire dans la Roya »

Posté : 20 janvier, 2017 @ 1:57 dans Communiqué officiel, Mobilisation, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

http://www.saorge.fr/images/PDF/JOURNAL_SAORGE/Journal_de_Saorge_-janvier_2017.pdf

PROBLÈME HUMANITAIRE DANS LA ROYA 

La situation des réfugiés s’aggrave à Vintimille et au-delà.

Refoulés aux frontières, ils sont de plus en plus nombreux à remonter à pied la Vallée de la Roya de jour comme de nuit pour rejoindre la France et au-delà.

L’hiver arrive.

La nourriture manque malgré de dévouement des associations caritatives.

Les vêtements manquent.

Leur état de santé se dégrade.

Laisser les réfugiés dans la nature ce n’est pas une solution. La bonne volonté des citoyens ne sera jamais suffisante.

Le Conseil Municipal demande aux Pouvoirs Publics de prendre leurs responsabilités et de créer des structures d’accueil pour venir en aide aux réfugiés.

La crise humanitaire est là !

Le Conseil Municipal demande également au Procureur de la République la plus grande indulgence pour les militants associatifs interpellés par la police, leur seul tort : avoir témoigné de leur solidarité en faveur des réfugiés.

Que faire dans l’immédiat ?

De nombreux Saorgiens viennent en aide aux réfugiés : hébergement, soins, nourriture… c’est tout à l’honneur du village !

La Mairie de Saorge collecte de la nourriture non périssable (riz, pâtes, boites de thon et de sardines…), des vêtements chauds et en bon état.

Un soutien financier peut être apporté par chèque à l’ordre de « Roya Citoyenne ».

Intervention de Francis TUJAGUE, au nom des Conseillers Départementaux Front de Gauche, lors de l’Assemblée Départementale du vendredi 2 décembre 2016

Posté : 20 janvier, 2017 @ 1:48 dans Communiqué officiel, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

 fichier pdf déclaration FT VT du 02 12 2016doc  téléchargeable au format pdf

déclaration FT VT du 02 12 2016doc-page-001

 

MEDIA néerlandais : « Volkskrant »

Posté : 18 janvier, 2017 @ 2:35 dans Medias : Articles presse Radios, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

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« MEDIAPART » : « A la frontière italienne, des cheminots résistent à la «chasse aux migrants»

Posté : 17 janvier, 2017 @ 2:15 dans Medias : Articles presse Radios, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

https://www.mediapart.fr/journal/france/120117/la-frontiere-italienne-des-cheminots-resistent-la-chasse-aux-migrants?utm_source=article_offert&utm_medium=email&utm_campaign=TRANSAC&utm_content=&utm_term=&xts=&xtor=EPR-1013-%5Barticle_offert%5D&xtloc=&url=

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A la frontière italienne, des cheminots résistent à la «chasse aux migrants»

12 JANVIER 2017 PAR LOUISE FESSARD

Le rétablissement des contrôles à la frontière italienne tue : cinq morts depuis août 2016, dont un sur la voie ferrée allant de Vintimille à Nice. Dans deux notes, la SNCF demande aux cheminots de la région Paca de signaler les « groupes » de migrants à bord des trains. Et de réacheminer en Italie les migrants arrêtés dans la journée. Plusieurs agents refusent cette « délation » et cette « chasse aux migrants ».

Le 23 décembre 2016, dans le secteur de Latte un peu après Vintimille (Italie), un train régional circulant vers Nice heurte un groupe de migrants cheminant vers la France sur la voie ferrée. Un jeune homme, sans papiers d’identité, est projeté sur le ballast et tué sur le coup. Ses compagnons s’enfuient avant l’arrivée des secours et de la police ferroviaire. Il est 20 h 38, l’accident a lieu au point kilométrique 255,4, tout près de la frontière franco-italienne. D’après La Reppublica, la victime est un Algérien d’environ 25 ans.

 

En tongs, Chérif, un Ivoirien de 28 ans, s'éloigne du centre-ville de Vintimille où « il y a trop de policiers » avant de tenter de se rendre en France de nuit en suivant la voie ferrée. © LFEn tongs, Chérif, un Ivoirien de 28 ans, s’éloigne du centre-ville de Vintimille où « il y a trop de policiers » avant de tenter de se rendre en France de nuit en suivant la voie ferrée. © LF

Pour la SNCF, cette mort est répertoriée à la fois comme un accident de personne et un accident du travail, car le conducteur du TER, traumatisé, est placé en arrêt de travail. C’est le cinquième accident impliquant des migrants – et le premier mortel – enregistré sur la ligne Vintimille-Menton depuis début août 2016.Le 5 août 2016, un jeune Soudanais de 27 ans est grièvement blessé par un train français dans le dernier tunnel côté italien. Souffrant d’un trauma crânien, il est évacué par hélicoptère à l’hôpital San Martino de Gênes. « Alors que je circulais avec le train aux abords d’un poste frontière, j’ai aperçu trois individus sur la voie, j’ai percuté l’un d’eux », relate le conducteur du train dans le registre de la SNCF. À l’arrivée des secours, les deux autres personnes ont disparu.

Le 11 août, côté français, un Soudanais saute en pleine nuit d’un pont ferroviaire, vraisemblablement pour échapper à une patrouille militaire. Il serait toujours hospitalisé, entre la vie et la mort. « Une enquête judiciaire avait été initiée qui n’est pas achevée à ce jour mais dont il résulte des premiers éléments que la personne avait voulu éviter de croiser une patrouille du dispositif Sentinelle qui approchait, explique le procureur de Nice Jean-Michel Prêtre. Elle serait alors sortie des voies sans avoir réalisé dans l’obscurité qu’elle pouvait se trouver au niveau d’un pont. » Comme il a eu lieu côté français à la différence des précédents, c’est le seul accident grave enregistré par la justice française.

Le 31 août, un conducteur français signale un accident de personne côté italien et le trafic est interrompu sur la ligne. Selon la presse italienne, son TER a « frôlé » un groupe de trois ou quatre migrants dans la zone de Vintimille. Ayant ressenti un heurt, le conducteur a alerté les secours et la police italienne. À leur arrivée, une fois de plus, ils ne trouvent personne.

Le 1er octobre 2016, à 22 h 20, un conducteur français ressent un heurt juste avant de desservir la gare de Menton-Garavan, le premier arrêt côté français. Il fait nuit. Après des recherches, le conducteur voit des personnes s’enfuir, mais ne trouve ni blessé, ni défunt.

En cas d’accident de personne, la procédure est toujours la même à la SNCF. Le conducteur du train doit s’arrêter, descendre inspecter les rails et prévenir le poste de régulation qui arrête la circulation, le temps que la police et les secours interviennent. Selon Cyrille Poggi, représentant du personnel conducteur CGT pour les Alpes-Maritimes et le Var, cette ligne Vintimille-Nice est devenue la hantise des « mécanos ». « Ils sont traumatisés car il y a beaucoup d’accidents de personne à cause des réfugiés dans les tunnels, explique le syndicaliste âgé de 37 ans. La ligne est tortueuse, avec des tunnels pas éclairés, une mauvaise visibilité. Un train met 300 à 800 mètres à s’arrêter. Des roues en métal sur un rail en métal, ça freine très mal. Souvent, les accidents se passent la nuit : les réfugiés transitent en groupe et on ne retrouve pas les corps. » Après un accident, un autre conducteur doit impérativement venir relever le premier, « ce qui impacte la productivité pour la SNCF, c’est pourquoi la direction veut remettre en place le sifflement dans les tunnels ».

« Nous circulons toujours avec le risque de heurter des gens, redoute un contrôleur, sous couvert d’anonymat. Les conducteurs surtout sont soumis à un stress quand ils franchissent les tunnels. À chaque trajet, nous croisons du monde, plutôt très tôt ou en fin de journée. » Au point que les « mécanos » ont pris pour habitude de « klaxonner systématiquement dans les tunnels de leur propre initiative, car ça fait des années que cela dure ». Depuis le printemps 2011 plus précisément, et les révolutions arabes qui ont transformé Vintimille en porte d’entrée de la France pour des milliers de Tunisiens. Un autre conducteur, entré à la SNCF en 1998, se souvient avoir toujours entendu parler d’accidents avec des migrants dans cette zone. « À l’époque, on les appelait des clandestins, mais aujourd’hui ça c’est accentué, dit-il. C’est très dangereux : ils marchent au milieu de la voie sur les traverses, car c’est plus facile que sur les bords en pente avec les cailloux. Ils ne sont pas habitués à la vitesse de nos trains. D’autant qu’ils ignorent, comme beaucoup de Français, qu’un train on ne l’entend pas arriver et que ça ne s’arrête pas en quelques minutes. »

De Vintimille, deux lignes rejoignent la France : la plus empruntée passe par Menton et la côte, l’autre par les montagnes et la vallée de la Roya. Depuis le rétablissement des contrôles aux frontières en novembre 2015 par la France, les agents qui travaillent sur ces deux lignes croisent quotidiennement des migrants marchant le long des voies pour éviter les contrôles policiers à bord des trains. « Avant, plein de migrants passaient à Menton, Sospel et Tende, constate un guichetier. Maintenant, nous ne les voyons plus aux guichets, ils marchent sur les voies. »

Il arrive cependant encore que certains se perdent et se retrouvent à proximité des gares. « En allant chercher la rame pour le premier train à Breil-sur-Roya, cela nous arrive de marcher sur quelqu’un qui a dormi près des rames dehors, dit un conducteur. Il commence à faire sacrément froid, il va y avoir des drames. » C’était un soir de la fin septembre. Un agent SNCF trouve sur le quai à Breil-sur-Roya « un jeune migrant apeuré et affamé »« Il commençait à faire froid », explique l’agent, qui a hébergé le « gamin » une nuit au foyer local SNCF, puis l’a caché dans le local de conduite du premier train pour Nice.

Pour échapper aux contrôles, les candidats au passage se dissimulent également sous les sièges ou dans la locomotive de queue quand le conducteur a oublié de fermer la fenêtre. « Sur la ligne venant de Breil-sur-Roya, on sent la détresse, il y en a de 14 ou 15 ans, raconte ce contrôleur, agacé par leur présence. Ils se cachent dans des zones dangereuses : les tableaux électriques, les soufflets, les armoires à matériel. Ce n’est plus gérable. » Le 21 décembre 2016, dans un train pour Nice, deux jeunes migrants nigérians n’ont dû leur salut qu’à une patrouille de la police ferroviaire italienne en gare de Vintimille. L’attention des policiers italiens a été attirée par de faibles coups provenant d’une armoire électrique, relate la presse italienne. À l’intérieur de cet espace exigu, les fonctionnaires ont découvert deux jeunes hommes, l’un évanoui, l’autre épuisé et très faible. Le passeur, qui leur aurait fait miroiter un passage en France contre 150 euros, les avait ensuite enfermés dans ce placard. « Tous les passeurs sont équipés de clefs de berne (carrées) qui ouvrent les cabines et les armoires », assure un agent SNCF.

Sans avoir vécu d’accident aussi tragique, plusieurs agents refusent de participer à ce qu’ils appellent « une chasse aux migrants » et dénoncent l’ambiguïté de la SNCF à ce sujet. « Nous nous battons pour que la SNCF arrête de collaborer à la chasse aux migrants, dit Najim Abdelkader, 36 ans, secrétaire CGT cheminots du secteur de Nice. Malheureusement la SNCF a mis à disposition de la préfecture des locaux (d’anciens appartements loués à des cheminots) à Menton-Garavan pour le refoulement des réfugiés. Et dans les trains, les CRS fouillent les placards techniques et les toilettes, c’est donc que la SNCF leur a fourni nos clefs. »

Note de service de la SNCF en région Paca © DRNote de service de la SNCF en région Paca © DR

Nous nous sommes procuré une note de service interne à l’établissement public intitulée « Mesures sûreté pour s’adapter au contexte migratoire ». Non datée et diffusée en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, celle-ci incite les chefs d’escale et les contrôleurs à signaler au Poste de commande national sûreté (PCNS) la présence de « groupes en gare prenant le train » ou « à bord » « afin de pouvoir localiser les événements et permettre à la SNCF de travailler en coordination avec les services de l’État et les associations ». La note indique également qu’après une « réunion de crise » le 26 juillet 2016, associant la direction de la sûreté de la SNCF, la Direction départementale des territoires, la Suge et la police aux frontières, ont été décidés « le renforcement de la présence des autorités dans les gares et les trains en fonction des remontées de la SNCF » et l’« organisation d’opérations coup de poing ». Ce qui semble quelque peu étranger à la mission première de l’établissement public, chargé par la loi du 4 août 2014 de concourir au « service public ferroviaire et à la solidarité nationale ainsi qu’au développement du transport ferroviaire, dans un souci de développement durable ».« On nous demande de signaler tout groupe de migrants, c’est de la délation », estime un contrôleur de la région Paca, sous couvert d’anonymat. Selon la loi, c’est uniquement en cas de fraude qu’un contrôleur peut « exiger la production d’un document d’identité ». Si le fraudeur n’a aucun papier sur lui, les agents peuvent prévenir un officier de police judiciaire (OPJ) et retenir le contrevenant jusqu’à l’arrivée de cet officier. Beaucoup des migrants venant d’Italie voyageant avec des billets, certains agents remarquent qu’ils n’ont pas à leur demander leurs papiers d’identité, encore moins à les signaler au Poste de commande national sûreté. « Nous ne faisons pas de contrôle au faciès. Ce n’est pas “Tiens, deux Blacks, on va leur demander leur billet”, c’est lors du contrôle de tout le train qu’on tombe éventuellement dessus », affirme Najim Abdelkader.

« Est-ce que tu en as ? »

À Menton-Garavan, premier arrêt côté français, les CRS et gendarmes mobiles sont en gare du premier au dernier train, de 5 heures du matin à minuit. Ce déploiement policier agace le syndicaliste qui souligne qu’en 2011, à la suite d’une vague d’agressions, la CGT cheminots avait demandé en vain plus de renforts policiers. « Et aujourd’hui les autorités trouvent un nombre incalculable de CRS pour chasser des réfugiés de notre pays ! »

À la gare de Menton-Garavan, des CRS contrôlent un homme dans le train pour Nice le 15 juin 2015. © LFÀ la gare de Menton-Garavan, des CRS contrôlent un homme dans le train pour Nice le 15 juin 2015. © LF

Pour faciliter les contrôles policiers, la SNCF a modifié ses horaires, allongeant l’arrêt en gare de Menton-Garavan et ajoutant une halte pour les TGV partant de Vintimille. « Les associations d’usagers criaient à cause des retards », explique un agent. Les contrôles continuent cependant de s’effectuer de façon discriminatoire, malgré la condamnation définitive de l’État français en novembre 2016. « Un contrôle d’identité fondé sur des caractéristiques physiques associées à une origine réelle ou supposée, sans aucune justification objective préalable, est discriminatoire : il s’agit d’une faute lourde qui engage la responsabilité de l’État », avait rappelé à cette occasion la Cour de cassation. 

Mais à Menton-Garavan, il est matériellement impossible aux CRS et gendarmes mobiles de contrôler en quelques minutes une soixantaine de passagers, voire le triple le vendredi, jour de marché à Vintimille. « Les CRS demandent rarement les papiers à tout le monde, c’est au faciès, confirme Nadjim Abdlekader. À Vintimille, les patrouilles franco-italiennes filtrent sur le quai. Ils ne laissent monter que les passagers de couleur blanche et demandent leurs papiers aux bronzés. » Le délégué syndical explique avoir été lui-même contrôlé alors qu’il accompagnait en civil dans le train des jeunes qui passaient l’examen de contrôleur. « À Menton-Garavan, un fonctionnaire de police m’a demandé mes papiers, pas aux gens autour. » « Même des collègues en uniforme, arabes ou noirs, sont contrôlés, relate de son côté Cyrille Poggi. Parfois, les policiers contrôlent plusieurs fois des mecs connus juste pour leur faire sentir qu’ils ne sont pas bienvenus. Le fait que cette situation dure, ça se banalise, ça fait sauter des barrières chez les forces de l’ordre. »

Les agents SNCF sont directement sollicités par les forces de l’ordre. Le représentant syndical, également conducteur, décrit : « Les policiers viennent nous demander : “Est-ce que tu en as ? – De quoi tu parles ? Moi je ne sais pas reconnaître une personne en situation irrégulière.” Les policiers nous montrent le visage pour dire noir. Ils m’ont aussi déjà demandé mes clefs de service pour ouvrir une cabine. » Un contrôleur relate les mêmes scènes : « Moi, les gendarmes me demandent : “Vous en avez vu ?” Je reste neutre car, au bout d’un moment, on a l’impression de faire de la délation. Ces gens-là essaient de fuir un pays en guerre. » Avec le temps, ces contrôles discriminatoires deviennent « routiniers ». « On s’y est habitué, dit un cheminot. Ça s’est banalisé. On sait qu’à Vintimille, les policiers italiens et français sur le quai vont filtrer les voyageurs et qu’à Menton-Garavan, les CRS vont fouiller le train et quand ils auront fini, ils nous donneront l’autorisation de repartir. Que peut-on faire ? Notre direction nous a bien fait comprendre qu’il ne fallait pas faire passer de gens et que nous nous exposions à des sanctions. D’autant que nous sommes dans une région de droite et que ça se ressent aussi chez les cheminots. Nous avons quelques agents qui sont de zélés délateurs. Le cheminot est un citoyen comme un autre, il regarde TF1 et a des problèmes de pouvoir d’achat… »

Parfois, racontent plusieurs agents, ce sont les usagers eux-mêmes qui dénoncent des migrants : « Ils sont en dessous du siège ! » « Ça se retourne parfois contre eux, dit en riant un conducteur. Ça m’est arrivé une fois qu’un client appelle les CRS en disant que certains étaient encore cachés, qu’il avait travaillé en Afrique et savait que c’étaient des voleurs, qu’ils venaient en France pour vendre de la drogue, etc. Le CRS lui a demandé de quel droit il faisait ça, comment il savait qu’il s’agissait de clandestins, et s’il avait lui-même ses papiers. Il a fini sur le quai, car le contrôleur s’est aperçu que ce client n’avait pas de titre de transport et l’a invité à descendre ! »

Mais parfois, le contrôle dérape. Fin août, Cyrille Poggi affirme ainsi avoir assisté à une scène très violente avec sortie d’arme à Sospel. « Il y avait énormément de réfugiés dans le train, les deux gendarmes voulaient que je ferme les portes, dit-il. Ils voulaient bloquer des réfugiés dans le train en attendant des renforts. Mais ce n’est pas notre travail, j’ai refusé. Ils ont appelé le PC de la SNCF pour changer la signalisation et m’empêcher de partir. Les réfugiés qui avaient des baskets sont partis en courant, ceux en tongs ou pieds nus sont restés bloqués. Un gendarme a fait usage du Taser. Le plus gradé, à bout, a fait des sommations, et j’ai cru qu’il allait tirer. Alors que les réfugiés n’étaient pas menaçants, au contraire, ils voulaient s’enfuir ! » Une autre fois, « sur le premier train partant à 4 h 53 de Vintimille », relate-t-il, à Menton-Garavan des gendarmes ont demandé à voyager dans sa cabine pour pouvoir bloquer les portes à un arrêt suivant. « Ils voulaient qu’à Beaulieu-sur-Mer [juste avant Nice – ndlr], j’enferme les passagers et que leurs renforts montent par ma cabine pour coincer les réfugiés dans le train. Mais pour monter en cabine, il faut une autorisation spéciale, les conducteurs ont besoin de concentration. »

Note de service de la SNCF affichée en salle des contrôleurs à la gare de Nice. © DR
Note de service de la SNCF affichée en salle des contrôleurs à la gare de Nice. © DR

À Menton-Garavan, plutôt que de faire réadmettre en Italie les étrangers arrêtés, les forces de l’ordre les remettent désormais directement dans le dernier train en direction inverse, pour Vintimille. Sans plus de formalité, ni de billet, par groupes d’une trentaine de personnes. Pour vaincre les réticences de ses agents, la SNCF a affiché en salle des contrôleurs à Nice une note rappelant l’obligation légale des transporteurs à « prendre en charge les personnes qui nous sont confiées ». Le code des étrangers prévoit en effet que lorsqu’un étranger non européen se voit refuser l’entrée en France, « l’entreprise ferroviaire qui l’a acheminé est tenue, à la requête des autorités (…), de mettre à disposition de ces autorités des places permettant le réacheminement de cet étranger au-delà de la frontière française ».« Il s’agit souvent de familles avec bébé qui se retrouvent à dormir en gare de Vintimille, dit Najim Abdelkader. De plus en plus de conducteurs refusent de les prendre. Ce qui a causé quelques altercations des plus courageux avec les CRS. » Un agent a accepté de nous raconter une de ces confrontations. « En septembre, à Menton-Garavan dans le sens Nice-Vintimille, cinq CRS ont essayé de me remettre un groupe d’une quinzaine de migrants, dont au moins dix mineurs, explique-t-il sous couvert d’anonymat. Je refuse, car ce sont des mineurs isolés. Les CRS me disent qu’il y a leurs parents. Je demande les papiers le prouvant. J’ai fait le départ de mon train. Au retour les CRS m’attendaient énervés, ils ont sortis leurs portables et m’ont pris en photo et filmé. “Qui vous a donné l’autorisation de repartir ?” Moi ça me rappelle 39-45, ces méthodes. »

Selon la loi française, tout mineur non accompagné doit être pris en charge par la police et placé dans un foyer par l’aide sociale à l’enfance (ASE) du département concerné. Mais la préfecture des Alpes-Maritimes prétexte du rétablissement des contrôles aux frontières pour leur refuser cette protection. L’argutie est la suivante : lorsque les mineurs sont contrôlés sur un des treize points de passage autorisés (PPA) des Alpes-Maritimes, comme la gare de Menton-Garavan ou celle de Sospel, ces étrangers sont considérés comme “non entrés” en France et donc “non admis”. « Les CRS me disent que ça [la protection des mineurs non accompagnés – ndlr], c’est pour la France, pas la frontière, relate l’agent déjà cité. Mais Menton-Garavan, c’est une gare française ! »

Après Menton-Garavan, les contrôles deviennent aléatoires. Certains migrants, ayant payé un billet jusqu’à Paris, se font interpeller à  Cannes et retenteront leur chance dans un prochain train ou le long des voies. D’autres parviennent à rejoindre la gare de Marseille Saint-Charles où on les croise, errant par petits groupes, sans bagage. Les moins fortunés empruntent les bus Macron, une clientèle que l’ancien ministre de l’économie, promoteur de la libéralisation des bus longue distance, n’avait sans doute pas anticipée. Un guichetier, habitué à ces clients, leur conseille en anglais de s’éloigner de la gare en attendant le départ de leur bus de nuit, afin d’éviter les contrôles policiers.

« Dans le TGV pour Paris, la majorité des réfugiés ont des billets, parfois à 180 euros en première classe, quand la seconde est pleine, dit Najim Abdlekader. S’ils n’ont pas de billet, nous essayons d’avoir leur identité, ils ont parfois des lettres d’association demandant aux contrôleurs d’être bienveillants à leur égard. » En l’absence de papiers d’identité, les agents sont censés alerter un OPJ, qui montera au premier arrêt ou attendra sur le quai à l’arrivée à Paris. Mais débordés par l’état d’urgence, les policiers ne se déplacent plus. « La plupart des contrôleurs ne le font pas, il y a plutôt une solidarité qu’une chasse à l’homme, assure le syndicaliste. Souvent, les collègues donnent une bouteille d’eau ou paient un sandwich dans le TGV. Beaucoup ont conscience qu’ils fuient la mort et de ce qui leur est déjà arrivé. »

Dans un TGV pour Paris, on croise ainsi un contrôleur apportant une bouteille d’eau à deux jeunes Soudanais, de 16 et 24 ans, sans billets. Les voyageurs ont marché de Vintimille à Nice et n’ont pas dormi « depuis quatre nuits ». « Un voyageur sans billet, c’est toujours problématique, souligne le contrôleur en question. Mais ils sont toujours très propres, très polis et calmes. Même quand nous devons leur demander de descendre à Avignon, ils ne font jamais d’histoire. Après, cela dépend des collègues, certains font du zèle… »

« La Repubblica » 13/1/2017 : Reportage « Migranti »

Posté : 16 janvier, 2017 @ 2:45 dans Medias : Articles presse Radios, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

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« Charlie » : Cédric … et le délit de solidarité

Posté : 16 janvier, 2017 @ 1:56 dans Medias : Articles presse Radios, Réfugiés - Migrants, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

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« Causette » : « Francoise Cotta, la vie clandestine d’une avocate »

Posté : 16 janvier, 2017 @ 1:33 dans Medias : Articles presse Radios, Soutien aux sans-papiers | Pas de commentaires »

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La copine de Causette Publié le 05 Décembre 2016 par Madeleine Leroyer
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Depuis dix-huit mois, l’avocate pénaliste, figure du barreau de Paris, accueille dans sa maison de la vallée de la Roya, à la frontière franco-italienne, des dizaines de migrants qui tentent de rejoindre la France. Itinéraire d’une combattante.

 

Ce matin-là, il est un peu plus de 8 heures quand Françoise Cotta ouvre sa porte, en chemise de nuit trouée, précédée d’aboiements. « Je fais pas dans le sophistiqué ! » crâne-t-elle. Avocate pénaliste de renom, trente-six ans de robe au compteur, elle mesure ses effets de manches. Le temps de troquer ses atours nocturnes contre des chaussures de rando et la voici dehors, dans l’air vif du matin. Loin des cours d’assises où elle est l’une des rares femmes de sa génération à s’être imposée – GQ la classait en 2015 parmi les trente avocats les plus puissants de France –, elle contemple ce paysage de montagne rude et envoûtant. À droite, le massif de la Cougoule, à gauche, l’Arpette, cuivrée par l’automne, en contrebas, la Roya, qui donne son nom à la vallée où se trouve sa maison. Plus haut, les loups, revenus en nombre dans le Mercantour. Françoise, 67 ans, frissonne, relève le col de son manteau de laine grise. Tout droit, au bout de la vallée, c’est l’Italie, Vintimille.

Depuis juin 2015, la frontière est fermée, mais les migrants continuent de passer, vaille que vaille, une fois, deux fois, dix fois, s’il le faut, malgré les contrôles de la police aux frontières et des gendarmes qui les renvoient systématiquement à Vintimille. « Ils montent à pied, le long de la route ou de la voie ferrée, marchent six heures, sept heures, avant d’arriver ici. Ils n’ont rien sur eux, parfois même pas un tee-shirt. Et ils nous demandent : c’est loin, Paris ? » raconte Françoise. Oui, c’est loin, et eux sont cassés par la route. Alors, depuis près de dix-huit mois, elle les accueille, pour quelques jours ou quelques semaines, dans cette bâtisse du XVIIIe siècle, dans les Alpes-Maritimes, à une heure de route de son Nice natal.

 

En 1995, lorsqu’elle a acheté la maison, « c’était une ruine ». Depuis, construite sur trois niveaux, elle a retrouvé son allure, noble et sans chichis. « Cet endroit aimante », souffle Françoise. Tout ici dit la présence de ses hôtes. La petite chapelle, avec son autel baroque débordant de cierges, fait office de vestiaire. De gros sacs de vêtements s’y entassent, apportés par tout ce que la vallée compte de bonnes volontés. Une remise en contrebas sert de dispensaire. Quatre infirmières libérales, coordonnées par Médecins du monde, s’y relaient pour soigner les migrants – entorses et plaies diverses aux pieds, quelques cas de gale. Le potager tourne à plein régime, offrant en abondance tomates tardives et courges ventrues. Trois ânes, le poil déjà épais en cet automne frisquet, se baladent en liberté sous les oliviers aux branches lourdes – « Va falloir récolter. Ça me fait chier ! », clame la maîtresse des lieux.

Réveillé par le boucan des chiens, Filmon, un adolescent érythréen long et fin se précipite sur Françoise pour lui donner l’accolade, épaule droite contre épaule droite, comme au pays. « Mama Françoise ! How are you ? – Mia mia. I’m OK. Take milk ! Take ! » Dans son anglais sommaire ponctué de quelques mots de tigrinya (langue érythréenne) et d’arabe, Françoise s’enquiert de chacun de ses hôtes. Cette nuit- là, ils étaient quatorze chez elle, tous venus de la Corne de l’Afrique. La plus petite, Tamani, alias « Chocolata », a l’espièglerie de ses 4 ans. Avec sa sœur Tala et ses frères Mohamed et Fati, ils ont dessiné des embarcations multicolores, souvenir de leur traversée entre la Libye et l’Italie. « Quand ils sont arrivés, il y a un mois, ils ne parlaient pas, ces gamins ! Muets. Ils ont commencé à reprendre des couleurs quand ils ont pu retrouver un peu de tranquillité, ici, en famille », glisse Françoise, émue. Aujourd’hui, les dessins sont accrochés sous le porche d’entrée, juste au-dessus de la réserve de bois. Cauchemar devenu talisman. Sur les bergères de velours rouge postées devant le poêle, Khalifa, un jeune Soudanais, répète en boucle les paroles de la chanson que lui apprend une étudiante infirmière qui monte presque tous les jours. « Paname, Paname, on arrive. Moi ma gueule et mon sac à dos. Paname, Paname, on arrive, moi mes rêves et mes chansons… »

Dans la vallée de la Roya, ils sont ainsi près d’une centaine, réunis sous la ban- nière de l’association « Roya citoyenne », à se mobiliser pour venir en aide aux migrants. « D’abord, on les récupérait ici, sur le bord de la route, puis, avec quelques autres, on s’est mis à aller chercher les plus vulnérables, les mineurs et les familles, en Italie, pour les conduire en France », raconte Françoise. Avec ses copains de la Roya, ils ont ainsi fait « passer » plusieurs centaines de migrants pour leur permettre de pour- suivre leur route vers le nord, en évitant les gares et axes routiers trop surveillés. En toute illégalité. La loi française punit l’aide à l’entrée et au séjour des étrangers en situation irrégulière. L’avocate le sait mieux que quiconque. Elle assume, prône la désobéissance civile : « Deux jours en garde à vue, pourquoi pas ? Au moins je pourrai dormir… Et puis je suis contre la martyrologie. On n’est pas des héros ! Pendant la guerre, les gens risquaient leur vie pour cacher des Juifs. Nous, on en est loin. »

 

En octobre dernier, l’association a investi un centre de vacances de la SNCF désaffecté pour y installer un lieu d’accueil provisoire pour les migrants, toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Furieux, Christian Estrosi, président de la région Paca, et Éric Ciotti, à la tête du conseil général des Alpes-Maritimes, obtiennent l’évacuation express de cette « mini- jungle ». Cette fois, Cédric Herrou, l’un des « passeurs » les plus engagés, passe plusieurs jours en garde à vue et risque une peine de prison*. Ça tombe bien, son avocate est à pied d’œuvre et sa ligne de défense toute trouvée. Ce sera la contre- attaque. « On intervient pour secourir des personnes vulnérables, qui demandent la protection de la France. C’est particulièrement vrai des mineurs isolés. L’État français a l’obligation de les prendre sous sa protection en leur assurant hébergement et scolarisation. Au lieu de quoi, ces enfants sont reconduits en Italie, sans aucun examen de leur situation. C’est totalement illégal ! », tempête Françoise, qui prépare des plaintes au pénal et au tribunal administratif pour non- assistance à mineur en danger.

En attendant, les contrôles se resserrent. Pour éviter les barrages, omniprésents dans les Alpes-Maritimes, il faut maintenant emprunter les axes secondaires, franchir des cols à 2 000 mètres. Le sommeil manque, les militants de la Roya s’épuisent. « On ne peut pas indéfiniment se substituer à l’État ! Il faut sortir de l’humanitaire pour engager une bataille politique, martèle Françoise. Il y a d’ailleurs une forme d’hypocrisie. S’ils voulaient vraiment nous arrêter, il suffirait de bloquer en bas de chez moi, mais ils ne le font pas, signe que ça les arrange. »

Sa « passion de la défense », Françoise dit la devoir à son père, Jacques Cotta, pénaliste de grand talent et résistant engagé dans les francs-tireurs. Maire SFIO de Nice de 1945 à 1947, il y crée notamment le Théâtre de verdure et l’Université populaire des Alpes-Maritimes. Françoise et son frère cadet, lui aussi prénommé Jacques, sont les enfants d’après-guerre de cet homme qui en avait eu deux autres dans les années 1930 : Alain, l’économiste, et Michèle, la journaliste. Profondément marquée par les valeurs de son père, Françoise tente pourtant une dérobade en choisissant médecine. Une première année, « très nulle ». Puis elle fait son droit, en s’octroyant celui de prendre son temps. Elle sèche les examens, leur préfère les manifs trotskistes. Mai 1968 fait des petits, elle en est une.

frise dans Soutien aux sans-papiers

Elle finit par passer le barreau en 1980, et fait ses classes à la 23e chambre du tribunal correctionnel, celle des « flagrants délits », ancêtres des comparutions immédiates. En 1983, elle s’installe au 1, rue du Louvre, dans un immeuble qui deviendra au fil des décennies le repaire des plus grands avocats parisiens. Françoise, elle, préfère les cours d’assises. Vingt procès par an, dans tous les coins de France. Elle y défend violeurs et pédophiles, comme Jacques Kaisersmertz (ancien instituteur accusé de viols sur mineurs dans les années 1980, condamné à dix-huit ans de réclusion en 2001), intimement convaincue qu’il n’existe pas de « monstres », uniquement des hommes et des femmes coupables des pires crimes, le plus souvent avec la complicité silencieuse de beaucoup d’autres. « Dans les affaires de pédophilie ou d’inceste, les parents savent », lâche-t-elle, ses yeux de lynx plantés dans les vôtres.

« Françoise, c’est un talent fou, hors norme ! Elle est totalement différente de tous les autres avocats de sa génération », s’enthousiasme l’avocat Michel Konitz, son voisin au 1, rue du Louvre depuis plus de trente ans. « Ce n’est pas une technicienne qui lève des vices de procédures – elle est bordélique ! –, ce n’est pas un ténor à grosse voix, non, Françoise, c’est une conteuse. Elle sait comme personne parler de la souffrance, de la jalousie qui rend fou. » Et Konitz d’évoquer un procès d’as- sises, il y a vingt-cinq ans, où elle défendait un homme accusé du meurtre de l’amant de sa femme. « À la fin de sa plaidoirie, son client était en larmes, de même que l’ensemble des jurés et les deux assesseurs. Même le président s’accrochait à sa table pour ne pas craquer ! » Car ce qui passionne l’avocate, ce ne sont pas tant les faits que les êtres, faillibles, mais capables de s’amender, si tant est qu’on les y aide. Elle lutte donc pied à pied contre les procureurs qui éclament la perpétuité, « qui substitue à la peine de mort une peine de vie », et dénonce les errements du tout répressif, où la prison devient le berceau de la récidive.

À la tête de l’association Justice action liberté (JAL), elle s’oppose, dans la presse et sur les marches du Palais, au « populisme pénal » du quinquennat Sarkozy, qui consiste à instrumentaliser les faits divers pour légiférer en toute hâte. Peines planchers, rétention de sûreté, elle est de tous les combats. En 2009, elle est l’une des instigatrices de la fronde unitaire des avocats et des magistrats contre les tentatives de suppression du juge d’instruction au profit du seul procureur. La rebelle promène alors un cahier barré de l’auto- collant : « Assis, debout, mais pas couchés. Pas de justice sans indépendance ! » Elle ne goûte guère les prix d’éloquence et marque soigneusement ses distances avec les rituels de la profession. La première fois qu’elle se rend au célèbre concours d’éloquence de la Conférence des avocats du barreau de Paris, c’est en 2010, après trente ans de métier.

Déroutante, Françoise manie le contre-pied comme personne. Femme dans l’univers très masculin des pénalistes, Parisienne au milieu des montagnards de la Roya, elle chérit trop la liberté, la sienne et celle des autres, pour s’accommoder d’une étiquette. « Être une femme dans ce milieu n’a jamais été un problème. Ce n’est pas un sujet pour moi. » Sa jeune associée, Julie Guillarme, lui tombe dessus : « Mais vous êtes sur une autre planète ! Bien sûr que c’est un problème. Si les confrères voient une avocate en minijupe dans les allées de Fresnes, ils disent qu’elle vient racoler des clients ! » « Oui, avec les confrères, c’est vrai, concède Françoise, qui conte ses débuts de pestiférée au Palais de justice. Je me souviens d’une affaire de stups. Nous étions plusieurs confrères, et je plaidais pour le principal accusé. Quand je suis entrée dans la salle d’audience, comme à leur habitude, aucun avocat ne m’a saluée. Pendant ma plaidoirie, ils ne m’écoutaient pas. Ils faisaient autre chose. Ostensiblement. Si bien que la présidente est intervenue en leur disant : “Si la plaidoirie de votre consœur ne vous intéresse pas, vous pouvez sortir.” Ils sont tous sortis ! » Quelques années plus tard, l’un d’entre eux, qui se reconnaîtra, l’a gratifiée d’un piteux : « Tu sais, tu es des nôtres, quand même. » Elle a souri. « La vérité c’est que je m’en fous ! C’est ridicule ! »

 

Si elle prend volontiers la plume pour signer des tribunes, elle est plus rétive à parler d’elle-même. Un chroniqueur judiciaire lui propose un livre, elle tarde à s’y mettre. « L’écriture, c’est trop définitif. Je n’ai jamais écrit “je t’aime” à un homme », confie-t-elle. Des amours, donc, pas d’enfants. Du boulot, par-dessus la tête. Au volant de sa Clio hors d’âge, elle sillonne la banlieue, de Fresnes à Fleury-Mérogis, où elle a ses habitudes au buffet chinois à volonté, en face de la maison d’arrêt. À Paris comme à la montagne, elle préfère les gros manteaux de laine ou de peau, de préférence portés l’un sur l’autre. Pour ses chiens, elle a choisi un pavillon à Villejuif (Val-de-Marne), niché au pied des immeubles HLM, avec un jardin qui n’a pas vu une tondeuse depuis belle lurette. « Je ne suis absolument pas bluffée par les signes extérieurs de richesse. » Ses seuls palais sont de justice. Chez elle, « les pauvres ne paient pas, et les riches paient pour les pauvres ». Cédric Herrou, son acolyte de la Roya, la traite élogieusement de « punk ». C’est vrai. D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, elle s’est présentée tête rasée à un cocktail au Palais de justice. Elle sortait de chimio et elle n’avait pas voulu tricher avec sa perruque. « Pour les clients, oui. Pas avec les confrères. »

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Cancer, pneumonies à répétition. Deux années terribles, pendant lesquelles elle continue de plaider, fuyant à toutes jambes la commisération. Son épaisse chevelure auburn est devenue poivre et sel et ses rides se sont creusées. Quand, en 2015, elle ouvre la porte de sa maison à un premier groupe de jeunes Soudanais, elle est encore convalescente. Tous sont partis depuis, sauf un, Mamadou, qui rêve de Victor Hugo et tient la maison quand « Mama Françoise » est à Paris.

À la 24e chambre du tribunal correctionnel, la voici de nouveau en première ligne aux côtés des réfugiés et de leurs soutiens. Aubépine Dahan et Houssam El-Assimi, deux militants du collectif La Chapelle debout, très actifs auprès des migrants des campements de Stalingrad et Jaurès, sont poursuivis pour organisation de manifestation illégale, alors même qu’ils avaient déposé le parcours à la Préfecture. Françoise et son confrère Dominique Tricaud demandent l’audition de deux témoins. La présidente n’en accepte qu’un. Le ton monte, les avocats quittent la salle d’audience avec fracas, leurs clients dans leur sillage. Ils seront relaxés en fin de matinée.

À la sortie du tribunal, Françoise s’accorde une orange pressée au café des Deux Palais avec Dominique Tricaud, complice de trente ans, cofondateur du JAL. « Françoise Cotta, c’est du lourd ! », lance-t-il, pas mécontent de leur tour de force à l’audience. L’intéressée regarde sa montre : « Faut que j’aille chercher les jeunes Érythréens que j’ai ramenés de Roya. Bon, Dominique, si je finis en garde à vue, je te ferai appeler, d’accord ? » Il acquiesce, elle repart.

À Villejuif comme dans sa maison de Roya, sa porte est ouverte. Lasse mais jamais battue, Françoise peut se raccrocher à une « très vieille connaissance », la femme Narsès, la paysanne de l’Électre de Giraudoux, que son père lui lisait il y a plus d’un demi-siècle : « Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève? – Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore. » 

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* Le 5 janvier 2017, le procureur de la République de Nice a requis 8 mois de prison avec sursis (avec mise à l’épreuve, la confiscation de son véhicule, et la limitation de l’usage de son permis de conduire aux besoins de sa profession) à l’encontre de Cédric Herrou. Délibéré prévu le 10 février.

Publié le 05 Décembre 2016
Auteur : Madeleine Leroyer | Photo : Benjamin Bechet/PictureTank pour Causette et © A. Morissard/citizenside/AFP/ 21979 vues |

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